‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 43 sur 429 · Fédéral Gazette and Baltimore Daily Advertiser · texte numérisé non relu

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sans amère ironie, à peu près le même jugement qu'il avait dû porter sur le père vingt-cinq ans plus tôt : « Le manuscrit présenté manifeste des tendances pour tout autre chose que les affaires positives de la vie. » Un romancier populaire, John Neal, directeur d'une revue de Boston, également consulté, répondait dans la correspondance de cette revue :

« Si E. A. P... de Baltimore, dont les vers sur le ciel (bien qu'il les déclare tout à fait supérieurs à n'importe quel passage de poésie américaine) sont, bien qu'absurdes, exquis en leur absurdité, voulait seulement se faire justice, il pourrait écrire un très beau et peutêtre un magnifique poème. Il y a là de quoi autoriser une pareille espérance ^ »

Assoiffé de louanges et peut-être anxieux d'échapper à la routine absorbante de la vie qui l'attendait, Poe néglige le tour épigrammatique du compliment pour ne saisir que ces mots : « Il pourrait faire un beau et peut-être un magnifique poème )> ; et avec une explosion de joie qui montre combien était ardente en lui la double passion de la gloire et de la beauté, il s'écrie :

« Je suis jeune, n'ayant pas vingt ans, et suis poète, si le culte profond de tout ce qui est beau peut rendre poète ; et je veux l'être au sens commun du mot. Je donnerais le monde pour exprimer la moitié des idées qui flottent en mon imagination. (A propos, vous rappelez-vous ou avez-vous jamais lu cette exclamation de Shelley au sujet de Shakespeare : « Que d'idées ont dû flotter alors avant qu'un pareil auteur put paraître ? ») J'en appelle à vous comme à un homme qui aime cette même beauté que j'adore, la beauté naturelle du ciel bleu et de la terre ensoleillée. Il ne peut y avoir de lien plus fort ([ue celui d'un frère pour un frère, non pas tant parce qu'ils s'aiment l'un l'autre, que parce qu'ils aiment la même mère ; leurs affections prennent toujours la même direction, coulent dans le même canal et ne peuvent manquer de se rencontrer. Je suis et n'ai cessé d'être dès l'enfance un flâneur. On ne peut donc dire que : «J'ai pour ce métier de flâneur manqué à ma vocation, forfait à mon devoir, désobéi â mon père », car je n'ai ni père ni mère.

« Je vais publier un volume de Poèmes dont la plupart furent écrits avant que je n'eusse quinze ans. A propos du Ciel, l'éditeur du Yankee dit : « Il pourrait écrire un très beau, sinon un magnifique poème » ;

1. Yankee and Boston Literary Gazette, 29 septembre 1829 (III. 168).

voilà les premières paroles d'encouragement que je me rappelle avoir jamais entendues. Je suis bien certain que je n'ai encore jamais écrit pareille poésie ; mais que je le puis, j'en fais le serment, pour peu qu'on m'en donne le loisir ^ »

Sur cette belle flamme d'enthousiasme que notre critique ne put s'empêcher d'admirer, John Neal, peut-être secrètement informé et conseillé par les Poes de Baltimore, versa délibérément une froide douche de conseils salutaires :

« Les passages suivants sont extraits des œuvres manuscrites d'un jeune auteur, qui ont été publiées à Baltimore. Il nous est entièrement étranger; mais, en dépit de tous leurs défauts, si le reste d'Al Aaraaf et de Tamerlan vaut l'ensemble des extraits que nous donnons ici, l'auteur méritera de prendre un rang élevé, très élevé dans l'estime de la glorieuse confrérie des lettres. Ce succès toutefois ne dépend pas tant à l'heure actuelle de sa seule valeur de poète que de la valeur qu'il manifestera par la suite en quelque chose de plus noble et de plus généreux encore : nous voulons dire ces fortes qualités de l'esprit, cette détermination magnanime qui permet à un jeune homme d'endurer le présent, quel qu'il soit, avec l'espoir, ou plutôt avec la conviction, la ferme et inébranlable conviction qu'il trouvera dans l'avenir sa récompense 2. » •

C'est en vain qu'après ce témoignage de sollicitude plus ou moins clairvoyante, Neal voulut, sous prétexte d'une certaine impopularité, s'opposer à ce que le volume de vers lui lut dédié : il en eut la dédicace, à son corps défendant -^

Vers la fin de Tannée 1829 parut donc à Baltimore, sous forme

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