‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 55 sur 429 · Griswold, XHI · texte numérisé non relu

Griswold, XHI

les mauvaises passions et que le désespoir a éveillé les idées de suicide, il se ranime dans la joyeuse surprise du succès et se reprend à espérer et à vouloir encore. Si le malheur l'a donc, en suscitant d'irrépressibles impulsions, physiquement amoindri, il la aussi moralement grandi. Il fait un retour sur lui même et, se rendant compte de ses efforts comme de ses faiblesses, il est plus pnH à rendre justice à d'autres qu'à lui seul ; à l'égard même de M. Allan qui lui était si antipathique, il écrit à Kennedy : « Il m avait toujours, jusqu'en ces derniers temps, traité avec l'affection d'un père ; mais de son côté un second mariage, et du mien, jose le dire, bien des folies ont fini par nous brouillera » Nous avons vu comme il apprécie les moindres intentions de ses bienfait(;urs et leur en exprime dignement sa reconnaissance. Il refuse, en (iéf)it de ses besoins d'argent, toute rémunération pour les arlicles qu'il insère dans les journaux de Baltimore en faveur du Southern Literary Messengei'-. Prévenu par les humiliations de ladversité, il tâche même de vaincre l'outrecuidant orgueil qui l'avait si longtemps aveuglé et rendu aussi peu sympathique qu'impuissant : il s'appelle dans le Cotisée « homme humble et changé », et voilà que maintenant, après avoir dit : « Je ne puis mourir, ayant en mon cœur un si vif amour de la beauté, » le poète, qui naguère, en la personne de Tamerlan, sacrifiait dun c{eursi léger l'amante au trône, s'écrie par la bouche de son héros :

« Ne wf" parle pas de glqire : j'en hais, j'en exècre le nom. J'ahhoir'^ celte chose idéale qui ne satisfait point. J'ai un dégoût, un inorîcl dégoût pour toutes ces creuses et sonores vanités de la terre populeuse Par tout ce que je tiens pour le plus sacré et le plus solennel, par tous mes désirs dici-bas et toutes mes terreurs de l'avenir, par tout ce que je méprise sur terre et tout ce que j'espère aux cieux, il n'y a pas d'action dont je me glorifierais plus qu'à cause de toi de railler cette gloire et de la fouler aux pieds ='. »

Xous verrons bientôt que ses actions sont à la hauteur de ses

\. Cenfuri/. août. 1894. p. 573.

Page 1