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EXGKS ET MARIAGE S'J
yous m'avez trouvé, et vous jugerez quelle bonne raison j'ai d'être reconnaissant à Dieu et à vous-même ^. »
Ces brusques écarts de la sensibilité méritent dattirer notre attention. Pour se prolonger longtemps sans danger, le rythme habituel de la vie exige en des natures moyennes des oscillations aussi lentes que courtes. Si par malheur en des natures trop extrêmes les écarts de la sensibilité s'accélèrent et s'ampl fient outre mesure, toute la machine mentale est en grand dan de déséquilibre. Or cette perpétuelle alternance d'une dépression et d'une surexcitation excessives est justement l'un des symptômes non seulement de la dipsomanie, mais encore de la dégénérescence jusque chez ses victimes supérieures ; portée à l'état aigu et chronique, elle peut même devenir une forme spéciale de vésanie appelée folie circulaire ou folie intermittente à double forme-. Poe n'en est pas encore là assurément ; ses inégalités d'humeur, quoique nuisibles à sa propre personne, restent en leurs débuts plus ou moins compatibles avec la vie commune ; mais nous verrons qu'avec l'âge, les excès, la misère et l'infortune, son instabilité constitutionnelle ne cessera de s'accentuer jusqu'à ressembler singulièrement à cette dernière affection mentale. C'est alors que nous le verrons ériger lui-même cette perpétuelle vacillation du moi en une formule typique de son génie ^ comme de; tout génie.
1. Poe à Kennedy, 1± janvier 183(5. \Cenlary, août 1894, p. o78.) A celle lettre Kennedy répondit en donnant à son jeune ami avec sa bonhomie habituelle tous les conseils que peut dicter le bons sens pratique, si impuissant qu'il soit en pareil cas : « Votre lettre me prouve que vous avez entii^rement triomphé de votre récent abattement. Je m'en réjouis. Vous avez devant vous une carrière agréable et heureuse, si vous réprimez cette disposition de votre esprit à couver des idées noires. Soyez gai; levez-vous tôt. travaillez avec méthode, je veux dire à des heures fixes. Prenez chaque jour votre récréation régulière, ne fréquentez que la meilleure compagnie. Imposez rigoureusement la tempérance à votre corps comme à votre esprit, et je consens à vous assurer pour une prime peu élevée tout le succès et tout le bienêtre dont vous avez besoin. » [Cenlury, août 1894, p. 578.)
2. « Certains fous circulaires passent pour de simples lunatiques, d'humeur inégale, tantôt gais, tantôt moroses. Baillarger cite un membre de l'institut. qui. malgré une folie à double forme dont il était atteint, continuait à prendre part aux séances de la compagnie ; tantôt il se montrait triste et muet, tantôt il se montrait ergoteur acharné. » (Gullerre, op. cit., 243.)