Poe au Dr Snodgrass. Baltimore American, avril
« Je ne puis que vous renouveler mon assurance solennelle que mes habitudes sont aussi différentes de l'intempérance que le jour et la nuit. Mon unique boisson est l'eau. »
Une lettre d'un correspondant de Richmond, écrite un an et demi plus tôt, reflète les mômes résolutions : « C'est avec un sincère plaisir que j'apprends, dit James Ileath, que votre bon sens et l'inlluence de motifs nobles et élevés vous ont permis de vaincre d'attrayantes et dangereuses tentations qui trop souvent tiennent les plus sages et les meilleurs abattus sous leur fatale étreinte ^ » Ces affirmations ne semblent sérieusement contredites que par le témoignage de l'imprimeur de la revue.
« La malheureuse faiblesse de M. Poe, dit-il à propos de la rupture avec Burton, a bien pu occasionner quelque désappointement dans la préparation de certain article attendu de lui, mais elle n'a jamais dérangé la publication régulière du Gentleman s Magazine, dont l'apparition mensuelle n'a jamais cessé en aucune occasion par la faute de M. Poe ou pour toute autre cause que ce soit durant toute la période de temps où je l'ai publié, période qui comprend la collaboration de M. Poe. Que M. Poe ait eu des défauts gravement funestes à ses propres intérêts, personne ne le niera, naturellement. Ils étaient, par malheur, trop connus dans les cercles littéraires de Philadelphie, s'il y avait quelques dispositions à les cacher. Mais il était le seul à en souffrir, et non pas ceux qui bénéficièrent de ses talents éminents, si irrégulières que fussent parfois ses habitudes ou sa collaboration -. »
Ce témoignage serait grave s'il était contemporain de ces événements ; mais, écrit dix ans plus tard, ne contient-il pas une confusion de dates et ne s'applique-t-il pas à des excès postérieurs à la séparation avec Burton ? Sinon à quelle période faudrait-il rattacher ces paroles de Mrs Glemm ; « Pendant des années, je le sais, il ne goûta pas un verre de vin ? » Wilmer n'at-il pas dit aussi qu'à Philadelphie « il ne l'avait jamais vu ivre ; non, pas une seule fois ». En tout cas, alors môme que l'on refuserait d'étendre aux quatre années cette période abstinente de Poe, n'en reste-t-il pas moins certain que pendant des mois, si
1. James Ileath à Poe, lo seplemhre 1839. Century, août 1894.