G. Alexander à T.-G. Glarke, 20 octobre 1850; Gill
l'on ajoute foi au témoignage de Gowan, Poe lutta énergiquement contre son mal et qu'il y eut alors trêve à ses accès dipsomaniaques? Il n'en est pas moins triste de constater que durant cette période, si méritoire qu'elle fut, le bonheur pas plus que la moralité même de Poe n'y gagnèrent.
Nous avons vu que, dès ses débuts dans la presse, Poe avait conçu le projet de fonder une revue : « Il me proposa, dit Wilmer, de se joindre à moi pour la publication d'une revue mensuelle d'un caractère intellectuel supérieur, et il en avait écrit un prospectus qu'il soumit à mon examen ^ )> Le grand succès du Messager de Richmond n'était certes point fait pour décourager Poe. Fixée en son esprit, cette idée ne devait cesser de le hanter toute sa vie ; elle ne contribua pas peu, croyons-nous, à accroître son instabilité naturelle, en le rendant toujours mécontent du présent, toujours désireux de rompre avec des directeurs qui contrariaient ses propres projets ; elle ne fut point, avons-nous déjà vu, sans influence sur sa rupture avec White ; en voici une nouvelle preuve.
« Avant de quitter le Messenger, dit-il'^, je vis ou crus voir en une vaste et vague perspective quelle brillante carrière une noble et entreprenante revue pouvait ouvrir à l'ambition d'un homme capable de la fonder en Amérique. Je m'aperçus que ce pays, par sa condition même, ne pouvait manquer d'offrir en quelques années une plus grande proportion de lecteurs qu'aucun autre au monde. Je m'aperçus que tout le génie énergique et actif du siècle tendait pleinement vers la littérature périodique, vers la rapide diffusion d'informations brèves, bien tournées, opportunes, plutôt que vers les vieilles formes prolixes, lourdes, inaccessibles. Je savais, par expérience personnelle, qu'il se trouve perdus parmi les innombrables plantations de nos vastes régions du Sud et de l'Ouest une multitude d'hommes instruits, particulièrement dénués de préjugés, qui prêteraient volontiers leur influence à une revue vraiment vigoureuse, pourvu qu'on s'avisât des bons moyens de la mettre à portée de leur observation limitée.
« Je sais bien, il est vrai, que des vingtaines de revues ont échoué (car je considère comme un échec le plus grand succès des meilleures d'entre elles) ; mais je n'ai pas eu de peine à trouver la cause de