Wilmer, Ou7^ Pres^ Gang, p
2. Poe au professeur Ch. Anlhon, de Golumbia Collège, juin 1844 ; dans Century, octobre 1894.
leur échec dans l'impuissance de leurs directeurs, qui ne se faisaient pas scrupule de fonder complètement leurs principes d'action sur ce qu'on avait coutume de faire et non sur ce qu'il y avait désormais à faire en un état de choses si changé et toujours changeant.
« Bref, je ne pouvais voir de cause réelle qui empêchât une revue, digne de ce nom, d'atteindre 20.000 abonnés comprenant les hommes les plus instruits et les mieux élevés du pays. C'était là une pensée qui stimulait mon imagination et mon ambition. L'influence d une pareille revue serait vraiment immense, et je rêvai d'employer honnêtement cette influence à la cause du beau, du juste et du vrai.
« Au seul point de vue pécuniaire, c'était là un but magnifique. La revue que je proposais devait être un grand in-octavo de 128 pages, imprimé en caractères nets, sans division de colonnes, sur le plus beau papier, et dédaignant tout ce qu'on appelle des « embellissements », si ce n'est de temps à autre le portrait d'un homme de lettres ou quelque bonne gravure sur bois manifestement destinée à illustrer le tout. J'avais soigneusement estimé les dépenses d'une telle revue. Avec un tirage de 20.000 numéros à 5 dollars, les frais seraient d'environ 30.000 dollars, en supposant les dépenses imprévues à leur maximum. Il y aurait un solde de 70000 dollars par an. »
Telles étaient, en môme temps que les vastes espérances, les très perspicaces vues de Poe sur l'avenir de la littérature périodique en x\mcrique. Le présent en prouve toute la justesse. ^lais, comme tant d'autres, ce malheureux visionnaire qui devançait son temps, ne retira de toute l'exaltation de sa foi comme de toute l'infatigable activité de son énergie que déceptions et déboires : il mourut à la peine; d'autres partagent maintenant les bénéfices. Il va de soi qu'avec de pareilles idées en tète, Poe ne pouvait guère se prodiguer pour le succès d'un directeur de revue, aussi peu sympathique que Burton, appelé, en outre, à être son rival de demain. Aussi n'avait-il pas été trois mois au Gentlemans qu'il écrivait déjà : « Dès que le sort me le permettra, j'aurai une revue à mon compte, et je tacherai de faire quelque beau tapage ^ » Le 21 janvier, il écrivait encore- : « J'ai appris indirectement qu'un capitaliste de Baltimore va tenter de lancer une revue. En avez-vous entendu parler? Si oui, voulez-vous être assez bon pour me donner tous les détails par retour du courrier, si vous
\. Poe à Philip Cooke, 21 septembre 1839. Cenlury, septembre 1894. 2. Poe à Snodgrass, 21 janvier 1840. Woodberry, p. 136.
pouvez prendre le temps de me rendre ce service. Je voudrais bien surtout savoir comment l'affaire se présente, quelles en sont les parties, etc.. » Entin, les dispositions de Poe étaient si bien prises que, moins de quinze jours après sa rupture avec Burton, un journal local annonçait, avons-nous dit, pour le 1" janvier l'apparition du Penn Magazine (tel était son nom), et les prospectus étaient envoyés en môme temps à la presse et aux amis. Malheureusement, une de ces maladies périodiques, qui seront désormais de plus en plus fréquentes chez Poe et qui ne sont peut-être autre chose que des accès dipsomaniaques avec leurs suites habituelles, vint atteindre Poe vers la fin de l'année et le mit hors d'état de tenir ses promesses : l'apparition du Penn fut dont renvoyée au 1^'" mars. Dès le 17 janvier, au cours de la période de bien-être qui suivit, il écrivait déjà avec cette imperturbable confiance dont l'exaltation est si caractéristique :
« Vous me demandez mes espérances à légard du Penn. Elles sont .^plcndides, malgré le monde de difficultés au milieu desquelles je me suis débattu et me débats encore. Ma maladie (dont je suis maintenant entièrement remis) a été, pour diverses raisons, un avantage pour mes desseins plutôt qu'un inconvénient; et, en somme, si je n'ai pas un succès éclatant en cette entreprise, ce sera entièrement de ma faute. Je ne cesse de faire tous les efforts possibles pour m'assurer le succès et, entre autres manœuvres, j'ai coupé les ponts derrière uioi.Il me faut maintenant agir ou mourir, — j'entends au sens littéraire du mot *. »
Voici des nombreux programmes de Poe celui qu'il publia à cette époque :