Poe à Thomas, Stoddard, XCV
lacune; et, dans l'espoir d'y réussir en partie, M. Grahani et moi, nous nous proposons d'établir une revue mensuelle...
Pour la partie littéraire, le trait principal sera de n'admettre que des articles signés des meilleurs noms (d'Amérique); ou, si ce but ne peut se trouver complètement atteint, nous nous proposons de conclure, du moins, des arrangements (s'il est possible) avec vous, MM. Irving, Cooper, Paulding, Bryant, Halleck, Willis et un ou deux autres. La revue ne pourra, en réalité, paraître qu'autant que nous réussirons à conclure ces engagements et l'objet de ma lettre est de savoir jusqu'à quel point nous pouvons compter sur votre aide... La revue en projet ne débutera que le 1^'" janvier 1842^ »
Il est à craindre que la réponse de Longfellow ne fut pas plus favorable que celle des autres écrivains. xVussi l'infatigable, quoique infortuné organisateur de projets devait-il se faire d'étranges illusions lorsqu'en septembre, au plus fort du succès du Graham's, il écrivait encore : « Il n'est pas impossible que Graham se joigne à moi pour le Penn ; il a de l'argent^. » Il est vrai qu'il ajoutait : (( Est-il donc impossible de lancer à Baltimore une grande revue ? N'y a-t-il pas d'éditeur ou quelque personne assez riche pour s'associer à moi dans ce but^'? » Il n'eut pas de réponse favorable.
En août, Poe n'avait pas été plus heureux en une autre démarche : croyant épuisée la première édition de ses contes, il avait prié ses éditeurs d'en donner une seconde : ils s'empressèrent de lui répondre que, loin d'être épuisée, cette édition n'avait pas encore couvert leurs frais et qu'ils renonçaient par conséquent* à la renouveler.
Telle était l'irritante situation de Poe lorsqu'un beau matin de mars 1842, rentrant, à la suite d'une longue fugue mystérieuse, dans les bureaux du Graham's, il y trouva, installé par intérim à sa place de rédacteur en chef, un jeune collègue, Piufus W. Griswold, en qui il voyait un ennemi personnel. Furieux, sans dire un mot, sans demander la moindre explication, il prend la porte et, en
1. Poe à Longi'ellow, 22 juin 1841. Centunj, septembre 1894, p. 7:31).