Poe à Thomas, 26 juin 1841 ; Stoddarcl, XCIII
« Que je voudrais bien pouvoir faire une visite à Washington! Mais vous connaissez la vieille histoire ; je n'ai pas d'argent, pas même assez pour m'y rendre, à plus forte raison pour m'en revenir. C'est dur d'être pauvre; mais, ainsi retenu par un honnête motif, je n'ose me plaindre*... Je serais bien aise d'obtenir n'importe quel poste, fût-ce au traitement de 500 dollars, pourvu que j'aie quelque gagnepain qui ne dépende pas de la littérature. Battre monnaie avec sa cervelle sur le signe d'un'maitre, voilà à mon avis la plus rude tâche au monde... 2 »
Thomas vit Kennedy qui, toujours bienveillant, promit son appui ; il vit môme les fils du président qui donnèrent bon espoir, tout en conseillant d'attendre la fin d'une récente crise politique. Lun d'eux, que Thomas avait su intéresser à la personne comme au talent de son ami, alla môme jusqu'à envoyer à Poe une lettre de recommandation en vue d'un poste dans les douanes à Philadelphie. Datée du 31 mars 1842, cette lettre dut être la bienvenue, puisqu'en ce jour môme expiraient les fonctions de Poe au Grahanis; mais il y eut les lenteurs administratives. Le 21 mai, Thomas n'en promettait pas moins le succès pour l'été prochain, et Poe, ravi, lui écrivait :
« Ce que vous me dites du poste dans les douanes me rend la vie. Rien ne pouvait mieux répondre à mes desseins. Si je pouvais obtenir un tel poste, je serais à même d'exécuter tous mes ambitieux projets. Cela me délivrerait de tout souci à l'égard de mes moyens d'existence, et cela me donnerait du temps pour penser, c'est-à-dire pour agir. Je répète que je ne demanderais rien de plus ni de mieux qu'un poste comme celui dont vous me parlez. Pour peu que le traitement me permette de vivre tant bien que mal, je serai content. Voulezvous dire cela de ma part à M. Tyler et lui exprimer ma sincère reconnaissance pour Tintérêt qu'il porte à mon sort\ »
L'été passa, et la nomination ne vint point. La maladie prit sa place ; d'où, cette lettre :
« Mon cher Thomas, j'ai bien peur que vous ne pensiez que je tiens
1. Suit le conseil de s'adresser à Kennedy pour se faire appuyer auprès du Président, et en particulier auprès du ministre de la Guerre en faisant valoir le passage à West-Point.