‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 80 sur 429 · J.-E. Dow à Th. Glarke, 12 mars 1843; Gill · texte numérisé non relu

J.-E. Dow à Th. Glarke, 12 mars 1843; Gill

« Je crois, dit-il» entre autres incohérences, que je suis en train de faire ici une sensation qui contribuera au succès de la Revue '. »

Or, cette sensation, Tami alarmé de Washington la décrit à Tas-

socié de Philadelphie :

« 11 s'expose ici à la vue de gens qui peuvent lui nuire grandement auprès du Président, et il nous empêche ainsi de lui rendre les services que nous voulons et que nous pourrions lui rendre, dès qu'il sera rentré à Philadelphie. Il ne comprend pas les manières de faire des hommes politiques, et ne sait comment s'y prendre avec eux pour réussir. Et comment le saurait-il?... Je crois devoir vous conseiller de venir et de veiller sur lui pour qu'il rentre sain et sauf dans sa famille. M. Poe est en mauvaise santé, et je vous conjure, sur le salut de votre âme, de ne pas lui dire un mot de tout cela avant son retour avec vous... Si vous ne venez pas, nous l'accompagnerons jusqu'au train de Philadelphie, mais nous craignons qu'il ne soit retenu à Baltimore et exposé à des accidents. — Je vous écris ces mots avec un grave sentiment de responsabilité. M. Poe a une intelligence de premier ordre, et je ne puis souffrir qu'il soit le jouet d'êtres insensibles..."- »

Poe put partir seul. Prçvenue, Mrs Clcmm courut à la gare accueillir le pauvre poète encore plus honteux que malade de ses excès. Dès le lendemain de son arrivée, il écrivit à ses amis de Washington, Thomas et Dow, une lamentable lettre où il s'efforce par une gaieté feinte de donner le change sur ses vrais sentiments de détresse et de dégoût ; le courage manque pour citer les termes navrants par lesquels, demandant pardon, il montre à quels misérables propos, à quels burlesques déguisements, jusqu'à quelle dégradation pouvait s'abaisser son irresponsable personne '.

« Pauvre garçon!... écrit à ce propos Thomas, en cette période •d'attente qui est si pénible pour tous les hommes et surtout pour les êtres d'imagination, il se présenta à Washington sous un aspect qui ne devait assurément pas favoriser ses intérêts. J'ai beaucoup connu Poe, et c'était, ajoute-t-il croyant ainsi mieux l'excuseï', son humeur sociable excessive et parfois bien manifeste qui l'entraînait en ces folies plutôt qu'aucun appétit purement morbide pour les boissons; mais, pour peu qu'il bût un verre de vin faible, ou de bière, ou de

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