Edgar Poe à Washington Poe, lîi août 1842; Gill
Le 27 septembre, il écrivait encore à Chivers avec une confiance caractéristique :
« La seule difficulté se trouve réellement dans le début, — dans les moyens pécuniaires nécessaires pour lancer les deux (ou trois) premiers numéros ; après cela, tout est sûr, et un grand triomphe pourra ou plutôt ne manquera pas de s'accomplir. Si vous disposez d'environ 1.000 dollars et consentez à vous associer à moi, je vous donnerai par écrit tous les détails du plan, ou bien nous aurons une entrevue immédiate. — Il conviendrait de débuter par un tirage de 1.000 exemplaires. Pour ce premier tirage, la dépense mensuelle, y compris le papier (de première qualité), la composition, l'impression et le brochage, sera d'environ 180 dollars. J'estime tous les frais à environ 250 dollars, c'est-à-dire 3.000 dollars par an, — estimation large. 1.000 exemplaires à 5 dollars = 5.000, ce qui laisse un profit net de 2.000 dollars, à supposer que nous n'ayons que 1 .000 abonnés. Mais je suis sûr de commencer avec au moins 500, et ne doute point d'en obtenir 5.000 avant la fin de la seconde année. Un Magazine, tel que je le conçois, avec 5.000 abonnés nous donnera à chacun un revenu de quelques 10.000 dollars; et vous m'avouerez que ce jeu en vaut bien la chandelle. Il n'y a pas, en outre, de raison au monde pour laquelle un tel Magazine n'atteindrait pas, par la suite, un tirage égal à celui du Graham' s à l'heure actuelle, c'est-à-dire 50. 000 ^ »
Il y eut malheureusement, pour ne pas commencer, quelque raison majeure qui dut être fabseiice des 500 abonnés et de tout associé; car le l*"" janvier 1843 vint comme les deux précédents sans revue qui révolutionnât le monde. La nouvelle année ne tarda pas, il est vrai, à apporter quelque ferme motif d'espoir, ainsi que le prouve la lettre qui suit :
«J'ai enfin réussi à m'assurer, je crois, la chose essentielle: un associé pourvu d'un ample capital et qui ait en même temps, assez peu d'amour-propre pour m'abandonner la direction complète de la publication. Il me donne aussi la moitié du profit, tout en procurant les fonds nécessaires à toutes les opérations de l'affaire; je m'engage, il est vrai, à fournir durant la première année toute la littérature requise. Voilà qui ne va pas peu m'embarrasser, mais il me faut faire pour le mieux, écrire moi-même autant que possible, sous mon propre nom ou sous des pseudonymes, et compter de temps à autre sur l'aide de mes amis jusqu'à que soit passée la première phase de l'enfance. Le contrat d'association a été signé et scellé il y a quelques