‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 85 sur 429 · Century, janvier · texte numérisé non relu

Century, janvier

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semaines, et Je vous aurais écrit plus tôt, si je n'avais espéré vous envoyer en même temps une feuille spécimen... En attendant tous les préparatifs s'accomplissent avec entrain ^ »

L'associé en question était Thomas C. Clarke, propriétaire dune revue hebdomadaire le Salurday Muséum, à laquelle Poe collaborait depuis quelque temps et qui venait en janvier d'annoncer, après une ronflante réclame, la nouvelle revue le Stylus, dont le titre plus général s'adressait à un public américain plus nombreux. Le Stylus devant être illustré, un artiste F. Darley s'engagea à fournir chaque mois de trois à cinq dessins du genre (h^ ceux de Gigoux et de Grandville dans son édition de Gil-blas. En même temps, le Saturday Muséum donnait, outre un maladroit portrait de Poe qui avait l'air dune caricature, une biographie de notre auteur accompagnée de lettres élogieuses et de quelques-unes de ses meilleures poésies. Poésies, lettres et renseignements biographiques avaient été fournis par Poe lui-même à l'un de ses amis, Henry B. Ilirst, mais non sans avoir subi une savante retouche plutôt destinée à produire un grand effet de réclame sur le public qu'à renseigner véridiquement la postérité. C'est alors qu'au comble de ses vœux, l'imprudent publiciste s'avisa de les couronner en allant s'assurer à Washington, en même temps que la protection des hommes politiques ])our sa candidatui'e aux fonctions publiques, leur souscription en faveur de sa revue. Or nous savons ce qui arriva : au moment même oiiPoe en son égarement écrivait à son associé : « Tout va bien ; j'ai obtenu la souscription de tous les bureaux, du Président, etc. », l'ami de Poe, témoin alarmé de ses excès, suppliait ce même Clarke d'accourir au secours du mallieureux qui ruinait, en même temps que sa santé, son double projet. Clarke feignit, d'abord, de ne pas prendre trop au sérieux cette déplorable mésaventure ; mais c'en était bien fait, pour le moment du moins, du prestigieux Stylus. C'est en vain que le 27 mars Poe disait encore : « Je compte bien faire paraître le premier numéro du Stylus le l*^»* juin prochain. » C'est

1. Poe à Thomas. 25 février 1843; Cenluvy, septembre 1894, p. 734.

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en vain qu'il s'assurait le concours de Lowell qui lui envoya même un poème pour ce premier numéro, et la collaboration de Hawthorne qui lui promit des contes à 5 dollars la page. En juin, le projet d'association fut définitivement abandonné et, pas plus que le Penn Magazine, le Stylus n'exista jamais hors de la tête inventive de son directeur imaginaire. Il est triste de dire que Poe aggrava son cas, en attribuant l'échec à la sottise de son associé, et qu'en paiement des avances faites par celui-ci, il ne lui laissa en gage qu'un conte qui ne vit jamais le jour. Plus généreux, Glarke ne cessa de défendre la mémoire du pauvre poète dont il avait peut-être à se rappeler autre chose que les qualités et les services. Tant d'activité fébrile consacrée à une œuvre destinée à avorter est d'autant plus triste que la situation de Poe était alors des plus précaires. Faute d'emploi régulier dans une revue ou ailleurs, il n'avait pas d'autres ressources que la production de ses œuvres, forcément entravée par ses projets de revue et leur inévitable accompagnement d'occupations et de préoccupations sans fin. Heureusement que, si brusque qu'elle fut, la rupture avec Graham n'avait pas été définitive. « Je continuerai, disait Poe à Thomas dès le 25 mai, à y collaborer de temps à autre ^ )) ; et il ajoutait en septembre : « Graham ma fait une offre avantageuse pour rentrer : il n'est pas particulièrement satisfait de Griswold^ » Mais cette offre n'eut pas de suite. Le Graham s Magazine n'en resta pas moins la meilleure ressource de Poe. On estime à une cinquantaine le nombre des articles qu'il y publia encore. En octobre, il y donnait sa rude critique de Rufus Dawes dont la violence avait naguère effrayé Burton : loin de l'atténuer, il se plut, au contraire, à malmener en ce malheureux auteur à la fois l'imprudent critique de ses poésies juvéniles ^ et le trop complaisant ami de son rival Griswold. Il semble même qu'après le départ de Griswold, durant l'hiver 1843-1844, Poe reprit un rôle plus ou moins important, quoique anonyme dans

1. Poe à Thomas, 25 mai 1842; Century, septembre 1894, p. 732.

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