Graham's Letter to Willis; Gill., p
2. Que l'on songe combien les revues anglaises étaient alors plus généreuses par cette phrase de R. liorne à Poe (16 avril 1844) à propos de son très médiocre conte : les Lunettes : « La rémunération (de Jerrold's lUuminated Magazine), dit-il. vaudrait à peine quelque chose ; 10 guinées la feuille (sheet) n'est qu'une médiocre paye pour une telle page. » [Century, octobre 1894. p. 858.)
sont, ainsi que le New-World, encombrés d'articles qui ne coûtent rien et ne valent pas davantage. Le Knickerbocker est trop pauvre et il n'y a que le Lady's Companion qui paie. »
Or, la munificence de cette dernière revue venait de la seule générosité de son propriétaire.
« Snowden, le propriétaire éditeur du seul périodique qui payât, était aussi l'un des propriétaires du Bowery Théâtre... et il semblerait résulter des remarques du Knickerbocker à l'occasion de sa mort que cette habitude de payer venait plutôt de la bonne nature de l'homme que de l'exigence de ses affaires ^ »
On voit dès lors pourquoi quelques-unes des meilleures œuvres de Poe parurent en des pages qu'il méprisait : la dure loi de l'argent avait raison de ses dédains.
Si même à ce tarif réduit et en ces conditions humiliantes Poe avait seulement pu écouler sa prose difficile avec autant de sécurité que de certitude ? Mais non, il en était encore réduit à l'aventurer parfois en des revues insolvables qui ne le payaient pas du tout. Nous avons vu que le Pittsbicrg Examiner ne lui remboursa jamais un article dûment livré et indûment remanié, et nous verrons bientôt qu'une jeune revue de Boston ne put le payer qu'après de longs délais. Les revues de New- York, d'autre part, le boudaient : les unes semblant lui garder rancune de ses attaques antérieures dans le North Literary Messenger contre la littérature de la Nouvelle-Angleterre; et les autres feignant de s'alarmer de la hardiesse de ses critiques ou du caractère sensationnel de ses contes. Ajoutez enfin ces querelles personnelles qui lui fermaient encore d'autres bureaux, comme celui du Boston Miscellany, où on lui refusa la publication de l'excellent conte Cœur Révélateur, sous cet ironique prétexte : «Si M. Poe voulait bien condescendre à fournir des articles plus rassis, il serait un correspondant des plus désirables^. » Bref, ce n'était pas seulement Graham qui pendant des mois gardait maladroitement le Scarabée d'Or dans
1. Thoreaii, 11 septembre 1843, cité dans Griswold's Corre5po?ii/ence, p. 111.