‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 91 sur 429 · Poe à Lowell, 16 novembre 1842; Woodberry · texte numérisé non relu

Poe à Lowell, 16 novembre 1842; Woodberry

LAMVRIÈRE. 10

Lowell ne s'empressa pas moins, à son tour, d'accepter au tarif de 10 dollars par article les contributions de celui qu'il appelait (( le seul critique d'Amérique qui n'eût point peur d'exprimer son opinion ^ »

Un des contes les plus caractétistiques de Poe, Cœur révélateur^ traînait, avons-nous dit, dans une revue de Boston qui en refusait la publication : Lowell le prit, le lut et, en reconnaissant tout de suite la valeur, en fit le meilleur article de son premier numéro. Avec son impétuosité ordinaire, Poe vit en ce début du Pionnier un triomphe de bon augure :

« Autant qu'une revue de 3 dollars peut me plaire, dit-il, je suis ravi de la vôtre. Je me félicite tout particulièrement de ce qui me semble être une certaine coïncidence d'opinion et de goût, entre vous et votre humble serviteur quant aux arrangements secondaires comme à l'égard des détails plus importants de la revue. En ce qui concerne les collaborateurs, nos pensées ne font qu'un... ^ »

Il en fut hélas ! de cette triomphante revue comme de tant d'autres brillants météores de l'époque : au troisième mois, plus d'illumination, faute d'argent. En mars se mourait donc le hardi Pionnier, et le malheureux Lowell annonçait à Poe sa détresse : un déficit de 1.800 dollars, et, par surcroît, une ophtalmie qui le menaçait de cécité. Mû par une pitié et une générosité qu'on ne saurait trop louer chez un homme lui-même réduit aux abois, Poe s'empressa d'écrire à propos des 10 dollars qui ne lui étaient pas payés :

'.( Mon cher ami, je viens de recevoir votre lettre du 24 et je suis profondément affligé d'abord que vous ayez été si malheureux, et de plus que vous ayez cru nécessaire de m'adresser des excuses à l'ocsion de vos malheurs. Quant aux quelques dollars que vous me devez, ne vous créez pas le moindre souci à leur égard. Je suis pauvre, mais il me faudrait être bien plus pauvre encore pour que je songeasse à les réclamer. — Je désire sincèrement que les choses ne soient pas dans le triste état que vous supposez et que, le jour où vous vous remettrez, vous puissiez reprendre le Pionnier. Sa mort, à l'heure actuelle, serait un bien rude coup porté a la bonne cause, celle du

1. Lowell à Poe, 19 novembre 1842 ; Scribner's, août 1894, p. 170.

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