‹ Edgar Poe, sa vie et son uvreChapitre 92 sur 429 · Poe à Lowell, 4 février 1843; Woodberry · texte numérisé non relu

Poe à Lowell, 4 février 1843; Woodberry

bon goût. J'ai, dès le début, considéré votre revue comme la meilleure d'Amérique et je n'ai perdu aucune occasion d'exprimer cette opinion. Je vous envoie ci-joint le Phil. Sat. Muséum dans lequel j'ai dit quelques mots à ce sujets »

En cette même lettre, Poe demande à Lowell un de ses poèmes et des renseignements biographiques : car il projette pour le Stylus une série de portraits des littérateurs américains, et il veut commencer par l'auteur de Rosaline. Lowell envoya poèmes et renseignements ; il promit en outre à Poe pour le Stylus le concours de Hawthorne dont il était l'ami, et se mit lui-même à entreprendre une notice biographique de Poe. Pourquoi faut-il que dès lors se soit glissé en cette amitié naissante cet odieux poison de la vanité littéraire qui, faite de vanterie et de mensonge, finit tôt ou tard par tuer tout estime et toute confiance? Se rajeunissant de quatre ans pour exagérer sa précocité littéraire, Poe s'attira de son confiant ami cet éloge qui dut, espérons-nous, lui causer plus de regret que de plaisir :

« Vos premiers poèmes manifestent une maturité qui m'a étonnée, et je ne me rappelle aucun homme (bien que je possède, je crois, toute la poésie qui ait jamais été écrite), dont les premiers poèmes aient eu une valeur approchante. C'est Shelley qui en vient le plus près, peut-être^. »

A son tour l'associé de Lowell, R. Carter, adressait à Poe cette question qui dut le mettre mal à l'aise : « Je désire bien vivement savoir le nom de votre roman en deux volumes auquel il est fait allusion dans votre notice du Muséum ^. »

Ces misérables mensonges n'avaient pas encore porté leurs amers fruits de méfiance et de mépris, lorsque Poe écrivait :

« Vous ne me dites rien de votre santé, mais je vois par votre manuscrit même que vous êtes remis de corps comme d'esprit. Je liai pas besoin de dire que je m'en réjouis... Quand j'ai cru possible la perte de votre vue, j'ai souffert comme si quelque terrible infortune allait m'atteindre moi-même. Combien j'aimerais à échanger

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