‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 10 sur 150 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

dance, en parlant de lui-même, de ses livres, des services rendus à la vérité, à la liberté, il n'ose dire moi. Il s'associe presque toujours la personne à qui il s'adresse : nos idées, nos travaux, nos efforts, etc. Cette âme bienveillante et douce était si heureuse, quand elle trouvait des êtres dignes de sympathie ! Comme elle leur prodiguait des encouragements pour les fortifier dans le bien ! Il est facile de remarquer dans ses lettres une autre nuance délicate, les expressions plus ou moins affectueuses selon la date, avant ou après la déchéance morale d'une personne. Avant, il est tout cœur et âme; après, il conserve le ton de la bonté, mais la confiance, le bonheur d'amitié n'y sont plus. Quelle délicatesse de procédés envers ceux qui s'étaient amoindris dans son estime! il leur rappelait les souvenirs les plus honorables de leur vie : « Remettre un homme au niveau de ses meilleures années, disait-il, c'est lui faire accomplir un progrès moral à son insu et malgré lui. »

Demeurer courageux en face de l'ennemi est bien plus facile que de tenir tête aux amis et de déplaire aux siens en soutenant une opinion différente de celle qui a chance de triompher. Qui a le courage de risquer même sa popularité pour rester fidèle à la justice ? Il est doux de vivre en paix avec toutes les nuances du parti auquel on appartient. ,

INTRODUCTION. xvii

Sans s'inquiéter des succès personnels, il s'oubliait entièrement, pour ne songer qu'à la France, dont il voulait faire l'idéal des nations.

Un temps viendra où la parole du maître, si écoutée, si acclamée pendant trente ans, électrisera de nouveau les jeunes générations. Si la France a devant elle un grand avenir, c'est celui qu'il a tracé dans son œuvre.

Pour moi, il ne me suffit pas d'être heureuse et fière de cette haute vertu, de cette âme restée héroïque et jeune jusqu'à sa dernière heure, je voudrais que notre patrie bien-aimée recueillît le fruit de tant d'efforts, de tant d'amour.

Veuve EDGAR QUINET.

Paris, 27 mars 1887.

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