Exlraits analytiques du Génie des Religions
Achevé à Paris, rue du Montparnasse, le Génie des Religions parut en 1841.
En lisant Touvrage de Max Muller, écrit vingt-six ans après le sien, Edgar Quinet y trouva la confirmation de tout ce qu'il avait établi par intuition, dans un temps où les travaux modernes n'existaient pas et ne pouvaient Téclairer.
(( Loin de m'étrc utiles, Creutzer et les Allemands auraient pu m'égarer; car ils envisageaient les religions antiques à un point de vue alexandrin. Seul, sans secours^ j'ai vu clair dans un monde inconnu.
» Lorsque le Génie des Religions parut, Jean Reynaud me dit : « Vous failes-là un livre qui vient trop tôt. Je » l'admire, parce que rien ne vous a aidé danscesdécou- » ver les ; vous avez tout deviné, vous êtes le premier à dire » tout cela. Plus lard viendront des travaux surcesques- » lions; aujourd'hui, elles sont absolument neuves en » France. »
» Jean Reynaud avait raison, mon ouvrage paraissait trente ans trop tôt. Il ajoutait : « On finira par dé- » couvrir des documents; mais, en ce moment, il n'y a » rien. »
» En effet, aucun manuscrit n'était encore publié. Un pauvre fragment des Rig-Védas, publié en latin par Rosen, c'est tout ce que j'en connaissais ; traduction interlinéaire, mais je m'en pénétrai tellement, que toute la religion et tout le poème me furent révélés avec ce fragment, jusque dans les moindres détails : liturgies, poésies indiennes^ le caractère primitif des chants de berger sur les hauts plateaux où se révéla Indra, le dieu de la lumière; et
plus lard, en descendant vers la mer, la religion de Brahma flottant sur les eaux.
Aujourd'hui, tous les philologues allemands, anglais, dissertent, exhument des faits nouveaux, grâce aux manuscrits traduits et publiés, mais, en 1839, on ne possédai! rien.
» Pierre Leroux, de son côté, me disait : « Je suis » étonné que ce livre n'ait pas eu autant de retentisse- » ment que le Génie du Christianisme, »
C'est tout simple, par qui aurais-je été porté? Par les catholiques? Ah! si le Génie des Religions eûl été fait par MM. Cousin, Guizot, Mignet, à la bonne heure!
Ce livre dépassait, en 1839, tous ceux qui auraient dû en rendre compte, non seulement le public, mais les savants. On l'attribuait à l'imagination, on n'en voyait que le style. Michelet seul devina la science, la vérité d'intuition qui y est renfermée; il disait à Burnouf : » Ce qu'il y a de certain, c'est que tout y est vrai. ))
» Oui, Max Mûller vient de tout confirmer, jusque dans les plus petits détails, par exemple la légende du brigand Cacus dans les Yédas. C'est moi qui ai établi que c'est le premier chant d'un berger, à l'oriiçine des choses. Est-ce là de la métaphysique? Confondra-t-on la Somme de Saint Thomas d'Aquin avec l'Évangile? Voilà pourtant ce que faisait Creutzer; il a brouillé les siècles. Selon Creutzer et ses amis, la métaphysique a précédé le chant, la prière, à l'origine des âges. C'est absolument comme si la scolastique du moyen âge eût précédé le
Sermon de la montagne et la prière : Notre Père qui êtes aux deux, »
Il parla longtemps ainsi avec feu ; puis il ajouta : « Peutêtre, un jour, quelqu'un me rendra justice*. »