L'évoque de Chartres
\m KDGAU QUINET.
Et, après la première leçon sur l'Ultramontanisme :
Comment de simples paroles peuvent-elles suffire à exprimer ce que l'image de ce cours du 20 inspire de mouvements violents et doux à mon cœur? Non, je ne regrette pas d'en avoir été privée, je me sens bien faible contre de telles impressions. Ce matin, il est arrivé une lettre d'Abel bien détaillée, bien colorée; il y raconte le cours du 20 depuis l'heure qu'il y a passée avant l'entrée d'Edgar. Il dit tout, jusqu'à la noblesse du geste avec lequel il a remercié de l'accueil qu'il recevait. Il ne dit que les applaudissements , puis les cris : « Vive la France ! Vive la Pologne 1 » Et le spectacle de la petite salle d'attente si pleine d'émotions, de bénédictions, où tant de cœurs battaient pour Edgar 1
Désormais ce ne sont pas les adversaires forcenés qui sont à craindre, mais les tièdes amis politiques. Loin d'être soutenus à là Chambre des députés, les deux professeurs du Collège de France voyaient se ranger du côté du parti prêtre presque toutes les voix, sauf celle du grand Arago.
En revanche, quelles compensations ne trouvaient-ils pas dans les sympathies ardentes de l'auditoire ! Oui, c'est de l'amour que la jeunesse française portait à ces maîtres chéris !
On peut bien dire qu'Edgar Quinet était de ces esprits pour qui le vrai calme, la lumière intérieure et l'équilibre éclatent dans la bataille. Il se jetait dans cette mêlée où les adversaires étaient de tous côtés, parce que, dans sa conviction, le jésuitisme, l'ultramontanisme ne sont que les symptômes d'un mal plus profond. « Ces plantes des maremmes, disait-il, marquent l'étal de l'air ambiant. »
LE C0LLÈ(;K de FRANCE. :UH
Il sentait très bien que nous marchions vers des bouleversements ou une décadence irrémédiable. Aussi travaillait-il à ramener le principe de la vie morale ; il préparait le « règne et la religion de la sincérité* ».
Il avait contre lui et les emportés, auxquels il tenait tête, et les indifférents, qui ne veulent pas qu'on les réveille, et tous ceux qui, engagés dans un détail, ne souffrent pas qu'on les ramène au centre des difficultés*.
Au milieu d'une société qu'on régentait par l'appât des jouissances, il appelait l'âme la plus haute autorité.
Dans une des dernières leçons sur l'Ultramontanisme, il rappelait à son jeune auditoire que les luttes du Collège de France les liaient par un serment :
La parole qui fait explosion dans les âmes est un principe d'avenir; il faut la réaliser, c'est-à-dire y conformer sa vie; il faut se préparer à la mettre en pratique, quand, à votre tour, il vous sera donné d'influer sur les affaires publiques.
Le moyen âge avait de ces écoles fameuses où retentissaient les problèmes vivants de l'époque. Maintenant deux hommes défendaient, du haut de la chaire du Collège de France, les droits vivants de l'esprit au xix« siècle, soutenus dans leur apostolat par la sainte ardeur de la liberté. Ils n'avaient nul besoin de récompense, mais elle leur vint par la jeunesse française et fut douce à