Mémorial d^Exil, 1852, fragment
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idolâtre avide de justice et de droiture. Ces nobles cris retentissent sur les bancs de Tamphithéâtre, dans les couloirs, les cours, la rue ; car la salle est trop éttoite pour contenir la multitude. Un grand silence succède. Le maître va parler. Chaque poitrine retient son souffle : silence éloquent d'une nombreuse assemblée auparavant tumultueuse, grondante comme la mer et maintenant suspendue aux lèvres qui vont s'entr'ouvrir et prononcer les paroles dévie. Dans l'hémicycle se pressent les représentants des nationalités qui veulent revivre, tous confondus dans les rangs de la jeunesse française comme au cœur même de la grande patrie adoptive. Dans l'enceinte réservée aux dames, on voit des jeunes filles, des jeunes femmes assises, debout, parfois agenouillées ; car les âmes s'exaltaient sous l'empire de cette parole inspirée qui répandait le don de la vraie vie. Sur les degrés inférieurs de la tribune se tiennent les plus intimes, ceux que nous appelions la pAa/an^^. Un courant électrique unit les disciples et le maître; de quel côté y a-t-il plus de jeunesse de cœur? Je ne sais quel souffle matinal circulait dans l'auditoire, et ce souffle de l'esprit nouveau, ranimant les plus faibles étincelles, faisait jaillir une flamme divine. D'une part, on sentait une foi sans bornes; d'autre part l'autorité que donne un caractère incorruptible... Cette parole révélait à chacun son centre moral, sa valeur inconnue ou sa défaillance cachée. Et voilà pourquoi, en l'écoutant, les âmes se donnaient au maître, et faisaient le serment d'être tout à la patrie, au devoir, à la liberté... La parole du maître éclatait au milieu d'une légion de jeunes combattants; ils n'attendaient qu'un signal et l'esprit de liberté, de vérité, franchissant l'enceinte du Collège de France, allait planter son drapeau sur la place publique...
Nos maîtres nous ont tracé la voie, mais elle est de celles qui exigent des vertus souveraines. lisent enseigné la religion de justice, d'humanité et d'amour, la religion du devoir. Leur doctrine embrasse non la secte, la tribu, mais la patrie et le genre humain. Ils ne prêchaient pas la résignation, mais l'action; ils voulaient, sur la terre de France, le règne de Dieu rêvé par les saints de la patrie.
Elles ont passé, ces heures immortelles. Ne reviendrontelles jamais? un souYenir sacré, est-ce tout ce qui en reste?
\m EDGAR QUIxNET.
(iCtto aiuiëc fut aussi laborieuse que militante; après les longs débats avec le ministère, après le voyage d'Espagne, après le cours repris triomphalement, Quinct publia en volume ses leçons sur VUltramontanisme. Le lilro primitif devait élre France et Rome. Mais Michelct ayant eu la môme idée pour un de ses ouvrages, son ami y renonça, et le livre fut intitulé : h'Ultramontanisme, ou VÉglise romaine et la société moderne.
Les vacances étantarrivées, lesdeux professeurs allèrent respirer Tairde la mer; Michelet, au moment de partir pour Cherbourg, remercie son ami d'avoir si bien exprimé leur pensée commune; il espère le rejoindre au Havre.
En offol, Edgar Quinet s'établit pendant un mois à Sainte-Adresse, au milieu d'une colonie d'amis, les familles Geoffroy Saint-IIilairc S et d'Elchingen. qui rivalisèrent d'amilié et embellirent pour lui ce séjour. C'est là ([ne vinrent le trouver maintes félicitations, comme un éclio prolongé des applaudissements du Collège de France.
Je retrouve, entre autres, ces trois lettres :
Paris, 27 août 1844.
Monsieur,
Je vions d'être assez sérieusement souffrant pour ne pouvoir sortir, et, sitôt que je l'ai pu, je suis venu vous remercier
1. Voy. Discours sur Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Œuvrea complètes. Le grand naturaliste venait de mourir, Edgar Quinct fu t chargé de prononcer les dernières paroles, le 22 jui n 1844.
De môme, en novembre 1845, il fit, à la prière de la famille Ney, un discours sur la tombe du brave des braves.
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(le votre beau livre. Je n'ai voulu vous rendre grâces de votre envoi qu'après l'avoir lu tout entier. Dans la solitude et dans la nuit, je tâche de retrouver et je retrouve en effet, par le recueillement, les émotions que votre parole chaleureuse porte dans le cœur des jeunes gens qui vous entendent. Sur quelques points, je suis moins complètement entraîné qu'eux peut-être dans toutes les voies que vous tracez si largement à l'histoire du passé et à celle dont nous sommes encore les acteurs; mais toutes les fois que votre brillante parole enseignera que la dignité de l'homme moderne est dans la pensée et combattra les pouvoirs publics qui ne reconnaissent que la richesse, la tête du Docteur noir et le cœur de Stello vous répondront à la fois.
Il est difficile de choisir dans vos discours toujours élo- (fuents, mais partout, sur mon exemplaire de VUltramontanisme, yaii crayonné de rares beautés qui resteront et que je relirai souvent.
Tout à vous avec une vive sympathie.