Le Journal Les Écoles
encore que Ton m'ôtait jusqu'à la possibilité de la modération. Après le conflit elle eût paru faiblesse.
Je ne sais si, comme on Ta dit, quelqu'un a voulu tendre un piège ; mais, en l'admettant, il me semble que ce n'est pas moi qui y suis tombé. J'ai de mon côté, dans cette affaire, le bon sens et la logique; on n'a jamais vu en France que l'on puisse blesser impunément l'un et l'autre. Joignons à cela, messieurs, le calme et la modération d'une bonne cause ; car, ayant pour nous, sans qu'il soit possible d'en douter, la justice et la raison, tout l'espoir de mes adversaires est que je leur abandonne au moins l'apparence.
L'enseignement, messieurs, n'est pas tout entier dans les paroles; il faut aussi qu'il soit confirmé par les actions et par la vie. En vérité, je ne pense pas que rien de ce que j'eusst^ pu vous dire dans ma chaire eût été plus instructif que ce qui se passe depuis huit jours. J'avais deux genres d'adversaires, les uns religieux, les autres politiques. Je crois avoir prouvé aux premiers (jue, dans la religion, ils ne veulent pas du christianisme. Quant aux seconds, je les ai amenés à cet étrange aveu, qu'ils ne peuvent plus tolérer sur un programme le mot institutions.
Qu'importe au fond la cause d'une personne ? Le germe est semé, le cri du réveil a été jeté. La génération nouvelle l'a entendu, elle ne s'endormira pas. Vous honorerez notre pays, et ce sera la récompense de mes efforts, si, en effet, ils en ont mérité une. Promettons-nous donc encore une fois ici de persévérer, quoi qu'il en advienne, dans l'alliance de la science et de la liberté. Quelles que soient les circonstances où nous soyons jetés, ne cédons jamais rien de la dignité de Fesprit, ni des droits de la vie morale. Ce doit être là le salut (le chacun de nous en particulier, et de notre pays lui-même.
Maintenant, messieurs, si ce doit être là ma dernière parole, je vous demande de la suivre. Retirez-vous en silence et en ordre, nos adversaires vous regardent *.
La lettre publique adressée au ministre, le 2 décembre 1845, explique clairement le point en litige :