‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 142 sur 150 · Le tome I*' parut en · texte numérisé non relu

Le tome I*' parut en

Deux partis sont en présence, un abîme les sépare. Les uus acceptent le gouvernement républicain comme une expérience qu'ils consentent à faire ; les autres Tacceptent par principe, comme le gouvernement définitif du droit... Subir la République à titre d'essai, c'est tout replonger d^ns l'incertitude et le doute, c'est laisser éternellement ouvert le chemin des révolutions.

Je ne sais ce qu'il y a de plus étonnant, ou la persévérance inaltérable du patriote à démontrer les mêmes vérités, ou rendurcissement de la réaction qui reprit, viugt-deux ans après, les mêmes calomnies, les mêmes menées souterraines pour extirper la liberté renaissante. En 1871 comme en 1849, Edgar Quinet répèle :

Le salut de la République est le salut de la France ellemême... Voulez-vous que le sol tremble de nouveau sous vos pieds, et que la plus obscure de vos chaumières soit mêlée aux bouleversements delà patrie? N'étouffez pas la République; donnez-lui le temps de grandir.

Le peuple ne demandait pas mieux ; il s'attachait tous les jours davantage aux institutions républicaines, malgré l'art machiavélique d'une administration qui semait la défiance, les soupçons, attribuant tous les maux à la République et toutes les prospérités au nom de Bonaparte.

Après un an d'existence, l'Assemblée Constituante fait place à la Législative. On a beaucoup loué de son abnégation cette Assemblée Constituante, la plus honnête que la France ait jamais eue; mais tous les esprits politiques lui reprochent celte abnégation comme une faiblesse.

Edgar Quinet fut encore élu par. le département de

TAin, en mai 1849. Il donna sa démission de colonel de la onzième légion. Il avait déclaré d'avance qu'il résignerait ses fonctions le jour où le gouvernement porterait atteinte à la République : « Ce jour est arrivé, la Constitution est violée*. »

Tout ce qu'il voyait et pressentait augmentait sa douleur patriotique; le sentiment poignant qu'il rapportait de sa tournée en Bresse donne à sa brochure VÉtat de siège l'air tragique du Dernier jour d'un condamné.

Comment le coup d'État n'aurait-il pas réussi, en décembre 1851 ? Depuis avril 1849, le régime de l'état de siège était devenu une règle; les républicains traqués, emprisonnés ; tous les droits qu'on s'attribue en pays conquis exercés contre les départements qui avaient élu des représentants républicains ; la France livrée au régime du sabre pendant trois ans. Systématiquement on fatigua le pays pour le faire crier d'une voix unanime : « Assez ! assez ! la révision de cette constitution qui nous a valu ces misères ! »

Lorsqu'Edgar Quinet publia cet écrit qu'on relit aujourd'hui avec le même saisissement qu'un drame lugubre, l'état de siège pesait sur la France :

Ce n'étaient que perquisitions, inquisitions domiciliaires, enlèvements d'hommes pendant la nuit, les mains liées derrière le dos, avec des menottes ou la chaîne au cou, emprisonnements préventifs, cachots, mise au secret, garnisaires, oonseil de guerre, délation, destitutions, ruines, détresse, terreur. Et quel était le crime dont on accusait les incarcérés?

Page 1