‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 144 sur 150 · L'Etat de Siège, 18 U). Extraits analytiques · texte numérisé non relu

L'Etat de Siège, 18 U). Extraits analytiques

Convention n'eut garde d'oublier ce coin infortuné de la France; maisj depuis 93, cet intérêt urgent était complètement abandonné. La cupidité des grands propriétaires transformait toute une contrée en « marais Pontins » où les populations disparaissaient, dévorées, englouties dans un foyer empoisonné qui occupait 134 000 hectares. Et cela depuis des siècles!

Cette industrie de mort b'était établie dans le pays le plus florissant, le plus populeux. En inondant le sol le plus sec de France pour le couvrir d'étangs, lacs fangeux pleins de poissons, les grands propriétaires s'étaient créé un revenu, en empoisonnant l'air vital et en supprimant la population.

Telle ville qui comptait 4000 habitants, n'en avait plus que 200 en 1848, et la fosse était toujours ouverte. Deux lois de salut de la Convention ordonnent le dessèchement des étangs. Mais le nombre des naissances est encore inférieur à celui des décès de plus d'un quart en 1808. La Restauration et la monarchie de Louis-Philippe passent sans remédier au mal. La République de 48 disparaît ellemême, au fond des marécages, comme les paysans fiévreux dont Quinet se fait le défenseur.Qu'arriva-t-il? Sous l'Empire, des sénateurs, des députés bonapartistes reprirent cette question et se firent par là une popularité à bon compte. Les grands travaux des chemins de fer, le progrès général de l'industrie ont exercé leur influence même sur les marais des Bombes. En repassant, après vingt-quatre ans, sur ces mêmes plateaux, jadis submergés, où des clochers surgissaient naguère du fond des eaux, j'ai vu des champs de blé à la place des marécages pestilentiels.

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Tous les étangs ne sont pas encore desséchés; maisk v« a fiTdgar Qainet a été exaaeé en gnuade partif. Pais»e <a prophétie se réaliser entièrement ! et centmilk paysans robustes snrpront de cette terre renon¥elée,qa1l comparait, en 1819. à une léproserie. Dans son pays, od répétait alors ce mot terrible :

— Les $épultHres surpassent les naissances f Rien de pins touchant que Tidée dont il s'inspire. C'est en parcourant à chcTal la Bresse, les Dombes. eo passant par Certines^ qu'il lit. .dans un cimetière de campagne, les noms de presque tous ses compagnons d*àge. de ceux qu'il aiait connus :

Et, me sonvenant de la patience, de l'abnégation sniiliiue de ces morts dont le nom ne sera pins jamais prononcé par personne, j'ai pris envers eux et envers moi rengagement de faire connaître les maux intolérables qui les onl conduits à une fin prématurée^.

Tout se réunissait pour accroître la désolation de cet été de 1849 : le choléra à Paris; la destruction de la République romaine: Tarrestation de Ledru-Rollin et de ses amis, dans la journée du Conservatoire des Ails et Métiers; le procès de la Haute Cour qui exilait des républicains; la marée montante de la réaction qui submergeait peu à peu la France. Elle disparut pendanl vingt ans.

Ni les lettres d'Edgar Quinet. ni mes souvenirs personnels, rien ne peut dépeindre la douleur navrante de ces années!

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