‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 146 sur 150 · Lettre à madame Minna Quinet, octobre · texte numérisé non relu

Lettre à madame Minna Quinet, octobre

l'enseignement laïque.

Deux questions capitales ont préoccupé Edgar Quinet pendant la Législative : renseignement laïque en France et la renaissance de l'Italie.

C'est pour moi un juste sujet d'orgueil que d'entendre tout le monde déclarer que, dans cette grave matière, l'enseignement laïque, tout ce qui vient d'être réalisé après trente-sept ans est la mise en pratique des idées d'Edgar Quinet, formulées par son discours à la Législative, par son projet de loi, et par son livre VEnseigne^ ment du peuple.

Avant d'aborder ce grand sujet, terminons ce qui concerne la question romaine. Le second discours d'Edgar Quinet (du 7 août 1849) contre l'expédition romaine fut peu soutenu. Beaucoup de républicains, opposés à l'af-

franchissement deTItalie, cachaient sous les dehors à'm politique étroite leurs sympathies pour le pouvoir temporel du pape; les attaches catholiques de la plupait des hommes d'État les rendaient hostiles aux vues d'Edgsr Quinet. Dans son discours, il interpelle le ministre de$ affaires étrangères, M. de Tocqueville : « Était-ce à la République française à verser le sang italien? La nalionalité italienne est nécessaire à la France. Faut-il que l'Italie reste asservie à l'Autriche ? »

Être combattu par M. de Falloux, c'était dans l'ordre des choses ; mais avoir contre soi le noble auteur de to Démocratie en Amérique, quelle confusion dans U mêlée cela suppose !

La domination autrichienne rétablie sur les ruines de la patrie italienne, c'était l'ancienne politique justemilieu ; mais la France républicaine devait-elle se rengager dans ce passé caduc, infliger la théocratie aux États romains par la force des baïonnettes ! Pour éluder la question, M. de Tocqueville s'écriait que l'Assemblée n'élait pas un concile. Les esprits libéraux affectaienl de croire à une transformation constitutionnelle du gouvernement pontifical, pendant que Pie IX déclarait franchement que toute réforme, toute institution parlementaire dans ses États était une utopie.

La réaction préparait ainsi à Louis Bonaparte le plus facile des triomphes : dix ans après, c'est lui qui allait réparer les fautes commises. Par Magenta et Solférino, il semblait racheter l'expédition romaine de 1849.

De même, par le rétablissement du suffrage universel, il essaya, au 2 Décembre, de légitimer le coup d'Étal. Mais

qui donc en était l'auteur? La mutilation du suffrage universel, le 31 mai 1850, aussi bien que l'occupation de Rome, furent l'œuvre personnelle de Louis-Bonaparte, dissimulée sous la fiction du président irresponsable.

« Le promoteur de l'enseignement laïque en France, c'est Edgar Quinet K ^ Ce titre lui est resté.

Le premier, il a posé cette question de vie, il l'a défendue à la tribune et dans un livre qui renferme les idées mères qui ont été appliquées de nos jours.

Qu'est-ce que la question de l'enseignement? Une direction morale. Nulle autorité ne peut s'établir sur le principe de trois ou quatre cultes qui, se niant mutuellement, se détruisent l'un l'autre*.

Lorsqu'il prononçait son discours sur l'enseignement laïque, il pressentait le coup d'État, l'effondrement de la France ; mais, au delà de nos désastres, il entrevoyait la résurrection de la liberté, et, d'avance, il cherchait à établir le principe qui seul peut assurer à notre patrie une li* berté durable. Au moment où toutes les garanties d'avenir nous étaient arrachées, il affirmait que la Révolution renaîtrait avec une puissance nouvelle, et il indiquait aux patriotes appelés un jour à diriger les destinées de la France comment on organise la victoire de la démocratie républicaine, par l'enseignement public.

Les solutions qu'il a proposées ont été adoptées : sécu*

1. Yoy. Discours funèbre, prononcé par Gambetta, le 29 mars 1875. . . . ' .

^. Discours à la Législative. Yoy. V Enseignement du peuple»

larisation de l'enseignement, reconstitution du conseil supérieur de Tinstruction publique, exclusion du prêtre de Técole laïque. Le vœu d'Edgar Quinet est réalisé. . L'étroite connexion de la laïcité et des institutions républicaines était niée en 1850; plus tard, on l'admit en théorie ; aujourd'hui, cette vérité a reçu des faits une consécration éclatante.

Le nombre des esprits qui adhèrent à une vérité d'abord contestée montre, en croissant, que le monde marche même quand les faits sont immobiles ^.

Voici dans quels termes Edgar Quinet exposa, à la tribune de l'Assemblée Législative, sa proposition sur la séparation de renseignement laïque et de renseignement des dogmes, unique solution à la plus urgente de toutes les questions :

Pourquoi la France depuis plus de vingt ans cherche-t-elle vainement à résoudre le problème de renseignement? Pourquoi sommes-nous aujourd'hui moins avancés que nous ne Tétions en i 833 ? Pourquoi le pays qui a tranché avec tant d'autorité de si vastes questions dans Tordre civil, s'engage-t-il, pour ainsi dire en aveugle, dans celle-ci ? Parce que la France n'applique pas à cette difliculté nouvelle les principes de droit public qui lui ont servi à résoudre toutes celles qui se sont rencontrées jusqu'ici.

Organiser l'enseignement primaire en particulier et Tenseignement en général, c'est organiser la société elle-même. Il en résulte que, pour fonder l'école sur sa vraie base, il faut l'établir sur le principe qui fait vivre cette société. Or,

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