‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 18 sur 150 · Mémorial d'Exil, inédit · texte numérisé non relu

Mémorial d'Exil, inédit

Il réussit pourtant à maintenir son indépendance, en stipulant qu'on le laisserait en même temps faire son droit.

Le Yoilà installé dans sa petite chambre, rue Buffault, 25. Son père est reparti ; alors, mais alors seulement, il respire plus librement, il écrit avec un peu plus de calme à sa mère, qui lui répond d'une façon gaie, railleuse, à son ordinaire. Elle ne sait pas si son fils a senti le plaisir de la victoire qu'il a remportée :

J'espère t'adresser cette lettre chez toi, dans ta chambre, quoique jç ne sache pas encore où elle est, mais je me sens à Taise avec cette idée. Il me semble que pour le présent tout va bien pour toi, si tu ne deviens ni malade, ni mauvais garçon. J'approuve fort ton nouveau plan d'études. Je t'engage à donner une sérieuse attention à ce cours de droit commercial et public. Cela me semble devoir être utile en tout temps, en tout cas, et puis c'est une étude que tout le monde n'a pas faite. Applique-toi de bonne foi pour ton écriture, car la tienne ne peut pas passer telle qu'elle est. Quoique je ne voie point dans ce moment de nécessité urgente pour savoir l'anglais, je pense que tôt ou tard, d'une façon ou d^tre tout sert, et qu'il faut se rendre propre au plus de choses possibles, quand on ne se sent pas appelé par la nature à une vocation positive. Car jamais la nature ne t'a sollicité à la chirurgie, aux procès, à la chicane ; quand elle t'a parlé jadis pour l'épée, tu t'en es donné le plaisir*. Depuis, rien ne s'est ému en toi pour le notariat ou la chaire de professeur; tu as tâté du compas, mais tu n'y as goûté que peu de délices; tu songeais à la tonsure, mais tu auras toujours le temps, et il faut, avant de renoncer à la vie, voir un peu ce qu'elle fera pour toi. Nous y reviendrons peut-être, mais essayons d'abord de la liberté.

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