Mémorial d'Exil j inédit
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^ Nous étions à Certines un peu comme dans des savanes d'Amérique. Une fois par semaine, on tuait un veau et l\ fallait s'en contenter pendant huit jours. Nul voisin, nulle habitation; on y jouissait d'une liberté de sauvages.
» Parfois la famille entière s'y réunissait, mes deux tantes Aillaud et Destaillades. Ce jour-là, je cédais ma chambre et j'allais coucher avec Lucien dans la chambre de la Bergère, ce qui amusait beaucoup ma tante Destaillades.
» C'était une grande pièce du rez-de-chaussée, remplie de sacs de blé, où la jeune paysanne qui gardait le troupeau avait son lit. On y plaçait un second lit pour les deux cousins. Quand nous étions endormis, Lucien et moi, la petite bergère, après avoir renfermé ses moutons à l'étable, se glissait sans bruit dans sa couchette.
» On ne la voyait jamais, d'abord, parce que les volets étaient fermés, l'obscurité parfaite, ensuite elle arrivait très tard, le soir, et s'en allait bien avant le jour, pendant que nous étions encore profondément endormis.
» Cette chambre de la bergère était un texte inépuisable de rires pour l'honnête Lucien, très gai en ce temps-là. Il faisait avec moi et avec ma sœur des chevauchées immenses dans les bois et autour de nos étangs ; nous ramenions des chevaux partout où nous en pouvions trouver, mal appris, donnant force ruades, mais les trois cavaliers tenaient bon et s'en amusaient d'autant ^ »
La fin de cette année 1823 est marquée par des travaux