VI INTRODUCTION
Tout à coup il aborde la politique, l'ardente actualité; après chacune de ses brochures contre la politique juste-milieu, ses amis s'étonnent qu'il ne soit pas jeté en prison. Enfin son cours au Collège de France révèle le maître qui transforme l'enseignement et en fait le plus noble sacerdoce. II se sert de l'Histoire, des Arts, des Littératures pour enseigner la Patrie, la Justice, la Vérité. Il réveille dans les âmes la conscience, il développe l'homme intérieur, et montre aux jeunes gens des écoles le glorieux but de leur vie, la grandeur de la France par l'esprit nouveau.
D'autres historiens ont célébré les héros du passé, Edgar Quinet évoque les héros futurs. Son enseignement préparait à la Patrie un avenir meilleur.
L'âpre débat entre l'esprit de progrès et l'ignorance séculaire a été la préoccupation de toute sa vie ; mais il lui a spécialement consacré trois années pendant la République de 1848. Le premier, il proposa la séparation de l'Église et de l'État. Qui s'en souvient? On vit si vite, on oublie si vite ! Les armes dont on se sert pour repousser l'envahissement du cléricalisme n'ont-elles pas été forgées par Edgar Quinet? C'est lui qui, invisible, dirige encore les coups et fournit les arguments quand on manœuvre avec justesse et qu'on frappe à bon escient.
Pour trancher cette question de vie et de mort, il
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dépose à la tribune, en 1850, son projet de loi sur renseignement laïque. Enfin il écrit le livre qui renferme toutes ses vues sur ce sujet, V Enseignement du Peuple.
Vint l'exil, la grande protestation du droit qui a maintenu la tradition de la République. Ces années furent aussi les plus fécondes en œuvres capitales.
La protestation individuelle ne lui suffit pas. Renouveler sans cesse chez ses concitoyens la douleur de la liberté perdue, fortifier dans les consciences le sentiment du droit et de la dignité humaine, telle fut l'œuvre de l'exilé. Le patriote alarmé, le Français passionnément attaché à son pays lui parle par la voix des Révolutions d'Italie^ par la Fondation de la République de Hollande^ par la Philosophie de V Histoire de France^ autant de flambeaux qui éclairent la route obscure.
Historien, poète, philosophe, écrivain familier dans VHistoire de mes Idées, dramatique dans les Esclaves, du poème il passe sans transition à la stratégie militaire, ce qui faisait dire à Charras : « Quinet sait la guerre. »
A sa Campagne de 4815 succède son grand ouvrage d'Histoire ; apôtre de la liberté, il ose tracer à la Révolution elle-même un idéal nouveau.
Dans quelle catégorie la critique placera-t-elle un écrivain qui aborde tous les sujets? « Est-ce un poète?un historien? un professeur? un philosophe?
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un moraliste? un écrivain politique? Nous n'osons nous prononcer ; passons en silence, en attendant que la question soit décidée. »
Au moment de publier la Création il me dit :
« Je m'attends fort bien aux objections ; je heurterai tout le monde, parce que je n'appartiens à aucune spécialité d'armes. Chacun se retranche dans son couvent. Le jeune militaire qui sort de Saint- Cyr ne permet à personne de toucher à la question stratégique; le naturaliste du Muséum, aux sciences naturelles; l'Allemand ne souffre pas qu'on touche aux affaires allemandes. Vous dépaysez les gens toutes les fois que vous abordez un sujet quin'entro pas dans votre profession spéciale. Aussi je puis m'attejidre à avoir tout le monde contre moi. Et cependant je fais faire à la science un grand pas. Je comble une lacune que personne n'a pu remplir. Nul n'avait encore défini le genre Homo. Un historien seul pouvait le faire. Combien Etienne Geoffroy Saint-Hilairese serait intéressé à la question * ! »
L'U jour, il définit ainsi lui-même sa propre nature d'esprit :
« Je dois avouer que j'étais né pour la poésie, l'imagination ; je le sens par la joie, la satisfaction infinie que m'ont toujours donnée les ouvrages de pure imagination.