V. Merlin VEnchanteur
ment cette compassion. C'était une amie de la famille Quinet; elle habitait la Bourgogne, « dans le pays où croule la tour de Gabrielle de Vergy j^.
« J'ai fait la connaissance de Madame X**% qui est malade d'un anévrisme du cœur, ^ écrit-il à sa mère.
C'était le jour des funérailles du général Foy; tout Paris était dans la rue, escortant le convoi. Il monte chez la pauvre malade, venue à Paris pour quelques jours, consulter le docteur Laënnec.Elle avait vingt-deux ans, l'air timide, triste, nonchalant; elle ne tenait à la vie que pour ses deux petites filles.
A l'approche du printemps, il quitte brusquement Paris ; ses nouveaux amis de Bourgogne rappellent avec des accents irrésistibles; il prépare sa mère à ce retour. Il veut acheter un cheval « pour cheminer dans les bois, gravir les montagnes, une soif ardente le consume quand il pense à l'air des montagnes, aux petits sentiers d'aubépine, il arrivera à Charolles fin d'avril ; avant cela, il ira voir ses amis *. »
Au mois de mai nous le retrouvons à Certines ; seul, et combien désespéré! Il en coûte d'avoir de la raison, du courage pour deux! Edgar Quinet eut le courage de résister non seulement à son propre cœur, mais à la ténacité passionnée d'une malade qui, jusqu'à sa mort, est restée fidèle à une pensée.
Plus tard, quand il fut maître de son cœur, il a poétisé ces souvenirs douloureux dans une page d'Ahasvérus:
£lle, elle était poésie à toute heure, en tout lieu..., quand t. Lettrei à sa mère.
elle cherchait de sa terrasse, après le jour, Tétoile du berger pour la faire voir à son enfant ; et, quand elle entendait, dans son jardin, son grand peuplier trembler, et qu'elle disait : « Voici le soir ! » et aussi le long du canal, quand elle voyait l'eau frissonner ; et quand elle ouvrait sa porte à l'odeur des vignes, en avril et en mai; et dans sa cour, quand le rossignol, sur un groseiller, lui chantait jusqu'à minuit, pour Famuser, comme à ses petits, et quand, assise, sans rien dire, sur son banc, elle tenait tout le jour mon âme dans sa main, comme un livre entr'ouvert qu'on feuillette et qui ne finit pas.
Dans un autre passage du même poème, le Chœur interroge le poète :
« Comment cela est-il arrivé ? »