STRASBOURG. — HEIDELBERG. — ESSAI SUR HERDER
DE l'origine des DIEUX.
La vie de la pensée, et surtout la persévérante recherche du vrai dans la science comme dans le monde moral, achèvent la guérison. On suit le progrès de cette renaissance de lettre en lettre.
La fièvre des maremmes bressannes l'avait repris à Strasbourg en novembre. Justement il reçoit la lettre d'un de ses camarades de TÉcole de droit qui habitait Colmar et qui l'invite à passer quelques jours dans sa famille. Il était si malade, pendant ce séjour à Colmar, qu'il se retirait le soir dans sa chambre, au lieu de rejoindre au salon l'aimable famille Géraldy.
En pensant à cet hiver de 1826, alors que Mathilde et la bonne Flora, les sœurs de son ami, « s'apitoyaient sur le
JU EDGAR QUINET
pauvre jeune homme qui tremblait la fièvre » il disait eu riant : a Aujourd'hui, les femmes ont bien changé; elles veulent de belles santés, elles sont devenues .positives. Mais, en 1826, la langueur, la « fièvre brûlante]» était encore de mode; on était en plein byronisme. »
Il revient à Strasbourg; la famille Berger-Levraull, chez qui s'imprimait la traduction des ïiée% de Herder, fut pour Edgar Quinet d'une bonté parfaite, et, lorsqu'il s'établit à Heidelberg, ces dames protestantes, très pieuses, lui envoyaient tous les jours des lettres de consolation, dans les épreuves qu'il continuait à corriger.
Dans les derniers jours de décembre 1826, il quitte l'Alsace pour se débarrasser, par un changement d'air, de l'opiniâtre fièvre bressanne :
Décidément ce climat de Strasbourg ne me convient pas, je le quitte pour TUniversité de Heidelberg. Depuis longtemps, j'avais ce projet, voir de mes yeux l'Allemagne ; peutêtre le seul homme de génie qui reste dans ce pays, c'est Creutzer. Avec cela une vie nouvelle, un peuple à étudier, que de choses font battre mon cœur!... Que ne puis-je vous communiquer la force secrète qui est en moi M
Muni de lettres de recommandation de MM. Golbéry et Berger-Levrault, il arrive dans la vallée du Neckar. C'est là que son âme se raffermit complètement par les hautes études et par les amitiés illustres de Creutzer et de Schlosser.
Le voilà installé, enchanté de ce voyage; sa santé est revenue; il écrit à sa mère dans une chambre paisible d'où il entend couler le Neckar :