‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 38 sur 150 · Lettres à sa mère, tome II · texte numérisé non relu

Lettres à sa mère, tome II

Ne te sens-tu pas heureuse de la vie forte qui est clans mon cœur?

J'étais dans un véritable enivrement quand j'ai aperçu ces montagnes agrestes et si solitaires. Creutzer t'aurait attendri par sa simplicité cordiale. Il avait dans sa chambre le portrait de Herder, le seul qui y fût ; il m'a tendu les bras.

Le savant Creutzer est peint dans le barde Taliesin ' : <i Ses cheveux écarlates, sa mâchoire proéminente, et la science des Triades. » C'était en effet un puits de science, et, avec cela, « naïf et simple comme le vieil Eumée de rOdyssée, le meilleur des hommes, un gai compagnon, toujours prêt à quitter ses Alexandrins pour une partie de promenade ou de musique. Il ne vivait que dans l'époque primitive de la Grèce, les Corybantes étaient ses contemporains ». Il avait une érudition immense, mais peut-on dire qu'il eût de l'imagination? se demandait Edgar Quinet en parlant de l'auteur de la Symbolique.

La petite société patriarcale de savants, alors si sympathique à la France, la simplicité de la vie allemande le pénètrent peu à peu d'un calme inconnu. Désormais le mot « délivrance, délivrance ! » revient dans chaque lettre, a II n'est pas de jour où je ne bénisse le ciel de m'avoir conduit dans ce lieu délicieux, où tout vous invite à penser, où tout m'apaise malgré moi. »

Il se jette dans l'étude approfondie du grec et des langues orientales, et entreprend en même temps des travaux sur la philosophie et la poésie germaniques, réu-

Page 1