‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 39 sur 150 · Merlin V Enchanteur · texte numérisé non relu

Merlin V Enchanteur

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nis plus tard dans Allemagne et Italie. Un Essai sur Herder sera son premier travail à Heidelberg. C'était pour lui comme une dette de reconnaissance envers le penseur qui l'attirait par tant d'affinités naturelles.

On n'a pas encore fait cette remarque : la même année où mourut Herder, Edgar Quinet vint au monde.

Nous nous arrêterons un moment à cet Essai sur Herder.

Aujourd'hui qu'à mon tour j'étudie les premiers travaux d'Edgar Quinet, je puis dire qu'à son insu il raconte sa propre histoire en suivant pas à pas la marche de Herder. Lui aussi, ^ comme un habile peintre avant d'entreprendre le chef-d'œuvre auquel il consacre sa vie, dépose sa première inspiration dans une esquisse ».

De lui aussi on peut dire : (r H est un tout indivisible ; un livre explique l'autre; l'adolescence est confirmée par l'âge mûr. »

Ses aperçus de 1827 ont été développés quarante ans après* : « Incertitude par delà le berceau, autant que par delà la tombe. Tout le progrès de la civilisation n'est que le travail du moi qui se fait jour peu à peu. »

H procède déjà par voie d'analogies : « Nous ne savons des dogmes que ce que nous en apprendra l'étude comparée des langues et des traditions populaires. »

Il discute le vrai sens des mots nature, raison, grâce, écritures, révélation :

S'il y a eu une révélation, elle a été faite pour la raison 1. Voy. la Création.

humaine... Le cœur explique tous les miracles. Si la divinité ne se manifeste plus dans la nature extérieure, elle jette plus d*éclat dans la conscience de Thomme.

Et cette explication précise de la révélation : « Le

souffle de Dieu qui anime Thomme, voilà le fils de Dieu. ]»

Herder lui semble un disciple philosophique de Jésus.

L'enthousiasme d'un disciple transfigure tous les souvenirs et divinise, dans une langue imagée, les faits les plus simples. La colombe, emblème de l'esprit de douceur et de paix. L'eau changée en vin, la force où était la faiblesse. La multiplication des pains, la parole qui se répand sans s'épuiser. Ëst-il fils de Dieu? Gomment la vérité ne serait-elle pas fille de Dieu? Lazare? L'humanité tirée du sépulcre*.

Ce qui marque d'un sceau de jeunesse ces pages philosophiques, ce sont les aveux qui échappent à un cœur blessé :

La jeunesse, dans ses plus brillantes années, n'est pas toujours l'âge où l'âme a le plus de fraîcheur et d'éclat...; ses immenses désirs l'oppressent jusqu'à l'étouffer... Si à cela s'ajoute la détresse, une vie errante, un pain amer et mouillé de larmes, plus elle se sent ornée, plus son abandon la navre. Dans cette première lutte où le faible succombe, où le fort reçoit une force nouvelle, le génie adolescent cache autant qu'il peut son cœur saignant sous sa guirlande d'immortelles.

Edgar Quinet est revenu sur cette pensée, dans sa dernière œuvre : « Comment on retrouve la sérénité perdue. j>

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