‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 41 sur 150 · Introduction à la Philosophie de V Histoire · texte numérisé non relu

Introduction à la Philosophie de V Histoire

et le talent de Quînet sont deux maladies dont il craint pour lui la violence. Sans cesse, il lui répète : € Calmezvous ! modérez-vous ! » Il fait appel aux plus nobles ambitions de son ami. Il faut qu'Edgar Quinet enrichisse de vérités nouvelles l'héritage de Vico et de Herder; mais, pour cela, il faut du calme. Il place toute son espérance dans Quinet. « Son Introduction prouve déjà qu'il sera un grand écrivain, dit-il, mais il attend plus encore. »

Qu'il me soit permis de rappeler un mot superbe de cette lettre de M. Michelet : « La philosophie de l'histoire a eu déjà son Copernic et son Keppler, il faut qu'elle ait son Newton. ^

Edgar Quinet, en confiant à son ami tous les motifs qui le retenaient loin de Paris, ajoute que le spectacle de la France lui était trop amer; voilà une de ses raisons. Hichelet lui répond qu'il n'en voyait que le mouvement politique, subordonné, en définitive, au progrès des lumières. Tout ce que le cœur a d'éloquence, il l'emploie pour ramener son ami à Paris. A cette question : « Quand vousrevcrrai-je? » Quinet répondit: « Peut-être demain, peut-être jamais. y> Michelet ne pouvait, ne voulait pas « renoncer à le voir dans cette vie ; et considérait cet éternel éloignement comme un malheur. »

Il lui dit le sentiment unanime de leurs amis communs en recevant Vlntroduction à la Philosophie de r Histoire : « Tous, nous espérons que vous remplacerez M. de Chateaubriand. »

En février 1827, Quinet avait envoyé cette Introduction à Gœthe, à Royer-Collard, à Lamartine, à Benjamin Con-

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slant et à Chateaubriand qui, tous, lui écrivent et le félicitent. Gœthe lui fait dire qu'il lit avec joie un ouvrage en français qu'il a vu naître, il y a quarante ans, en allemand ; il lui répondra dès qu'il en aura terminé la lecture. Il fait mieux ; dans son livre Art et Antiquités, voici ce qu'il dit du jeune écrivain français:

Nous recomraaiidous Vlntrodtiction dont le traducteur a fait précéder son travail, à ceux qui ont pour mission de tenir le public au courant des œuvres nationales et étrangères. Cette Introduction, aussi bien que la traduction elle-même, nous a fourni matière à de belles considérations. Nous nous contenterons d'en indiquer une seule ; Un ouvrage composé en Allemagne, il y a plus de cinquante ans, influe d'une manière incroyable sur la culture de notre nation. Aujourd'hui que cet ouvrage a produit parmi nous ses principaux résultats, le voilà qui reparaît en France dignement apprécié. Là, il agira avec la même puissance sur une nation placée dans la civilisation à un degré aussi élevé ; il exercera l'inlluence la plus humaine sur la masse qui aspire à de plus vives lumières.

A Paris aussi, le livre fut jugé très favorablement.

« Quand Jouffroy rendit compte de mon Introduction^ Tannonçant comme « le début d'un grand écrivain », ma tante, madame de Saint-Edme n'osait y croire. Elle fit demander aux bureaux du journal si c'était tout de bon, sérieusement, qu'on avait fait cet éloge, ou si c'était par complaisance. On lui répondit de manière à m'enorgueillir.

» C'est de ce temps que date la coutume d'envoyer aux journaux des citations d'un ouvrage. Quand je voyais ainsi des extraits de M. Guizot, j'étais plein d'envie,

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je me disais : « Ils sont bien heureux d'être cités ! * » Je retrouve peu de lettres de celte époque. Sa vie errante, ses grands voyages, ont dispersé ses papiers les plus précieux. Voici pourtant encore deux témoignages qui vinrent le récompenser de son travail persévérant :

Paris, 9 mai 1827.

Je vous dois mille remerciements, Monsieur, pour la traduction des Idées de Herder dont vous m'avez fait Thonneur de m'envoyer les deux premiers volumes ; et sans une foule de circonstances domestiques dont il serait trop long de vous entretenir, il y a longtemps que je vous les aurais adressés. Je vous remercie par-dessus tout de votre Introduction^ morceau plein de vues et de verve, où se révèle une Ame capable de ressentir et de communiquer les plus nobles émotions. Je regrette vivement, Monsieur, de ne pouvoir en causer avec vous. J'aurais beaucoup à vous dire sur le fond des idées et sur la forme dont vous les avez revêtues. La Philosophie de l'Histoire me paraît aujourd'hui dans Tétat où a été longtemps la philosophie même ; les hommes commencent à l'entrevoir dans son auguste immensité ; ils ne la voient pas encore d'une vue ferme et claire ; elle est de la religion, pas encore de la science. Mais il y a tant à dire à ce sujet que je ne vous en écrirai point. Vous reviendrez en France, j'espère, et alors nous causerons ; j'aurai grand plaisir à vous entendre, à discuter avec vous. Vous me paraissez. Monsieur, au nombre des esprits avec qui on peut tout aborder. Je désire vivement que vous terminiez votre traduction, que votre retour à Paris ne soit pas trop retardé, et je vous prie de croire à tous les sentiments, etc., etc.

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