‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 44 sur 150 · Voy. Esprit nouveau · texte numérisé non relu

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rassé de ces entraves; renseignement public, à Lyon, acheva de le dégager.

Plongé dans l'étude de la philosophie allemande et de l'antiquité orientale, il fut bientôt submergé par les flots du panthéisme. La doctrine panthéiste, qui donne une âme à chaque création inorganique, pierre, fleur, étoile, est la poésie même. En ce temps-là, tous buvaient à cette source, jusqu'au vertige. Edgar Quinet poursuivait le savoir humain dans ses trois branches : la Religion, l'Histoire, la Cosmogonie; elles sont confondues dans son Origine des dieux. Avec la concision extrême qu'il s'impose il dit : la Nature contient toute la Mythologie, comme la Mythologie contient toute l'Histoire. Il entrevoit confusément cette grande vérité :

Les formes extérieures de TUnivers ne sont que le produit visible de cette force créatrice, âme du monde, qui subsiste éternellement, pendant que les manifestations passagères s'évanouissent comme individus ou comme espèces.

Plus tard, il développera cette pensée. Ici, il ne fait que l'indiquer, dans une langue où l'exubérance poétique se joint aux formules de la philosophie. Trop d'idées, trop d'images, trop de savoir acquis à la fois, envahissent cette jeune intelligence; elle embrasse tout, sans pouvoir encore tout étreindre.

Il faut remarquer qu'à une époque où la géologie, la paléontologie étaient des sciences au berceau, Edgar Quinet avait le pressentiment du rôle que les sciences naturelles tiendraient dans la transformation de la philosophie. Je ne sais si Gœthe, en 1828, avait déjà

adopté les idées que Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier commençaient à mettre en lumière; toujours est-il qu'Edgar Quinet précise un point important dans son ébauche philosophique. Les époques de l'Histoire sont marquées dans la formation géologique du globe. L'histoire du globe ressuscitera de ses tombeaux de granit et d'argile.

Il procède par voie de parallélisme; il compare entre eux les dolmens, les pyramides d'Egypte, les temples indous et aussi les poèmes primitifs.

« Premier degré de l'idée : la beauté encore privée de vie. Elle s'élèvera à la beauté réfléchie en Grèce. »

On peut dire que l'intelligence traverse des phases analogues : d'abord un flot de sensations, d'impressions, envahit, submerge et enténèbre le cerveau. Peu à peu le flot se régularise, l'obscurité fait place à la clarté; c'est le fiât lux de chaque créature.

Il faut discerner chez un jeune écrivain ce qui lui appartieàten propre et l'érudition acquise. Si la modestie, la défiance de soi-même, s'ajoutent à l'ardeur du savoir, les idées innées seront souvent étouffées par l'analyse des maîtres de la pensée.

Dans VOrigine des dieuœ, Edgar Quinet subit aussi l'influence de l'esthétique allemande. Les Allemands n'ont aucun souci d'être clairs; ils réalisent dans leur style le dogme du panthéisme, l'intelligence ne fait qu'un avec la matière.

En France, au contraire, la pensée immatérielle se dégage vive, lumineuse, aérienne; c'est une flamme pure.

Chez Edgar Quinet, la langue, le style triomphent avec l'esprit de sa race ; mais, dans ces premiers essais, écrits en Allemagne, le volcan jette avec la flamme et la lave beaucoup de cendres et de scories.

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