‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 46 sur 150 · Voy. Lettres d sa mère · texte numérisé non relu

Voy. Lettres d sa mère

138 EDGAR QUIÎ^ET.

lèse. Deux fois par semaine, on fait de la musique d'instruments à veut au haut d'une tour ruinée du vieux château de Heidelberg, au milieu des arbres qui en cachent le sommet ; à ses pieds les flots du Neckar, et, au loin, le soleil se réfléchit dans le Rhin, du côté de 1 France.

Peu à peu, il prépare sa mère doucement : il éprouv « un sentiment ni trop tendre, ni trop vif, c'est la joi d'une âme qui retrouve le repos, la liberté. »

Combien il y a de ressources dans le cœur de Thomme! et*' ^^ comme il peut renaître au moment où il semble mourir! OhlS si Ton pouvait se confier davantage au temps ! mais on réunit toute la vie dans une heure. 11 faudrait pouvoir s< regarder d'une fenêtre passer dans la rue. On se verrait nettement et comme un autre, et en comprenant mieux soi âge et sa nature, on s'expliquerait mille choses qui nous agitent sans relâche.

Sa mère s'alarme et le rappelle aux réalités de la vi active. Il ne les perd jamais de vue. Il poursuivait depuî un an le projet qu'il finit par faire accepter à l'Institut, la formation d'une commission scientifique qui se joindrait à l'expédition de Morée. Mais ce n'était pas l'heure de dévoiler un dessein que tout le monde eût combattu à Charolles.

Il parle à ses parents de ses travaux. « Un ouvrage de philosophie ne s'écrit pas en un jour. »

Et il peint sa vie studieuse et heureuse :

Je n'avais jamais été heureux jusqu'ici; trop jeune, trop troublé pour jouir de rien. Mais la paix, l'heureux souffle de ces rivages pénètre et rafraîchit mon cœur.

Il est devenu un vrai montagnard, il franchit les monts, les vallées, parcourt TOdenwald en étudiant la Germanie de Tacite. Les souvenirs du moyen âge se mêlent à ceux de l'antiquité. Mais la vallée qu'il franchit le plus souvent est celle qui sépare Heidelberg de Grûnstadt.

Enfin, en juillet 1828, il hasarde l'aveu; l'idée lui est venue qu'il pourrait bien se marier. Sa mère effrayée fait a.ppel à sa raison.

Oui, ma raison m'éclaire, répond-il. Je ne songe pas du tout à unir une femme à ma destinée, tant que ma destinée est ce qu'elle est.... Ma première parole a été de déclarer mon état précaire. Nous nous voyons à grand'peine une fois par Tïiois.

Enfin, en novembre, il annonce qu'on envoie une commission en Grèce; il a la certitude d'en faire partie. Il écrit à son père, mais seulement quand la nomination est arrêtée. Il restera huit à dix mois dans le Péloponnèse, ses travaux seront ainsi tout préparés. Cette expédition le rattachera aux affaires publiques; sa destinée sera fixée d'une manière conforme à sa nature, son instruction fort agrandie, ses vues d'écrivain alimentées, vivifiées; que sa mère ne s'en effraie pas : « Qui donc n'a fait ce voyage ? Gouffier, Chateaubriand, Lebrun, et tous nos conscrits. »

Le père, dans ses lettres à son fils, ne lui parle que de déclinaison de l'aiguille magnétique. Le Mémoire scientifique de Jérôme Quinet venait d'être publié à Paris, en

juillet 1827. Edgar fit ce que jamais il n'eût songé à faire pour lui-même, réussit à donner une publicité aux travaux de son père, et obtint, entre autres, un article dans le journal savant d'Oken, à Munich.

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