‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 47 sur 150 · VOYAGE EN GRÈCE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN GRÈCE

Un des traits de sa nature, c'est le besoin d'action qui se mêle sans cesse à la vie de la pensée. Cet ardent désir d'un voyage en Morée datait de si loin !

La Grèce a été pour lui une religion. Même dans ses dernières années, revoir la Grèce,^ses temples en ruine, fouler cette terre divine encore une fois, quel doux rêve ! Dans ce monde de la liberté et de l'art antique, il oubliait tout, la servitude présente, la laideur. Au souvenir du mont Lycée, du temple de Diane, tout souriait. Nous n'avions qu'à prononcer un nom, et aussitôt un souffle divin nous soulevait de terre et nous transportait au séjour de l'immortelle beauté.

Dès 1825, il brûle d'aborder le sol sacré de Léonidas et de Phidias. Pendant son séjour à Heidelberg, il pré-

pare sileneieusement ce pèlerinage, travaillant à acquérir des ressources intellectuelles pour explorer avec fruit l'antiquité classique; il devint ainsi un helléniste accompli. En même temps, il ne négligeait pas les voies et moyens matériels, et entretenait une correspondance active avec son bienveillant ami M. de Gérando; ce fut à lui qu'il soumit d'abord l'idée d'une commission scientifique en Morée, à l'instar de celle qui avait suivi Bonaparte en Egypte.

L'excellent philosophe, qui eut tant d'influence sur la jeunesse d'Edgar Quinet, lui sert encore d'intermédiaire près de l'Institut, près des ministres. Le projet suivait lentement la filière des bureaux de l'Intérieur, des Travaux et de l'Instruction publique. En août 1828, Edgar Quinet rappelle l'affaire ; M. de Gérando cherche à l'en détourner. Il l'appuiera, dit-il, pour la mission scientifique, archéologique, plus tard, quand le moment sera favorable, quand la Grèce sera occupée, pacifiée, mais non pas aujourd'hui avec le corps expéditionnaire :

Je ne comprends pas bien ce que vous espérez obtenir par l'aspect des lieux, pour le succès de vos études, quels sont les éléments que vous espérez recueillir pour vous-même que vous ne puissiez obtenir par d'autres moyens.

Ces objections ne découragent pas notre philhellène; les dangers qui l'attendaient dans un pays dévasté par la guerre étaient un attrait de plus. Il insiste tant et active si bien les démarches auprès de l'Institut que la nouvelle de sa nomination lui est enfin transmise par M. de Gérando. Le 17 décembre 1828, il lui écrit :

LA JEUNESSE. Ii3

Je me hâte, mon cher compatriote, de vous annoncer que vos vœux sont remplis, que vous êtes désigné pour faire partie de l'expédition scientiûque en Grèce. Je m'en réjouis pour la science, pour vous et pour moi-même, puisque je pourrai vous voir à votre passage à Paris. Je vous embrasse et vous attends.

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