‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 50 sur 150 · Voy. la Grèce moderne, p · texte numérisé non relu

Voy. la Grèce moderne, p

Tout est oublié quand il a atteint la terre des Doriens, qu'il appelle « les puritains du polythéisme ».

Mais quelle dévastation ! Des ossements d'hommes mêlés au sable des mers, des têtes séparées du tronc sur l'herbe des prés, au milieu des enclos d'orangers, des colonnes de marbre, des statues de faunes, des inscriptions. Point d'habitants, point d'animaux ! «c Qu'^t devenu le rossignol ? Son chant ne s'est pas fait entendre une seule fois. »

La véritable révélation de la Grèce antique, il l'aura le jour où il embrassera le vieux Nikitas, et quand il dormira à côté des soldats de Botzaris.

« La Révolution grecque servira aussi à éclairer l'antiquité, dit-il. La vie et les traditions des Pallikares donneront plus de naturel aux créations de la philologie moderne. »

Sur le chemin de Tripolitza à Argos, dans un défilé de la montagne, il rencontre Capo d'Istria. Le président est seul, sans armes; il fait sa première tournée en Morée. Il était assis sur un rocher, à l'ombre d'un mûrier. Edgar Quinet est ému de se trouver face à face avec l'homme qui était l'espérance de la Grèce; il lui remet les lettres dont il était chargé.

Capo d'Istria cause avec lui affectueusement et le présente à Colocotroni, puis à Nikitas, ce Bayard des Klephtes :

Quand le président l'appela, au premier mot Nikitas s'élança plutôt qu'il ne marcha, avec une grâce aérienne... Je ne sais si ce fut le lieu, les monts sauvages qui nous entouraient, le regret qu'il me témoigna de ne pas me recevoir chez lui à

Argos, ou la pensée des dangers qui l'avaient assailli, ou seulement l'expression entraînante et chevaleresque de toute sa personne, ni si ce fut lui qui m'attira, ou moi qui m'élançai vers lui, mais pendant longtemps je me sentis pressé dans les bras de Nikitas, sans pouvoir m'en détacher *.

Je ne suivrai pas le voyageur dans son odyssée. Elle eôl racontée dans un livre où les ombres immortelles de Tantiquité homérique se mêlent aux héros modernes de la guerre de l'Indépendance. Les descriptions des paysages, les découvertes archéologiques, y tiennent une grande place. Les réflexions scientifiques, les impressions du poète sont toujours unies à une émotion humaine. Après Sparte, Argos, Corinthe, « de toutes les villes la plus désolée », Némée et son temple à trois colonnes, il voit blanchir de loin les neiges du Parnasse. Par les chemins les moins pratiqués des montagnes de TArgolide, il visite le temple d'Esculape; enfin, àÉgine, il aperçoit de loin Athènes!

Athènes avait alors l'aspect d'une métairie ou d'un monastère abandonné. Ene barque grecque le porte au Pirée. Il a vu la ville de Pallas, il a bu l'eau de l'Ilissus et du Céphise, il pousse jusqu'à Marathon.

Ces deux jours à Athènes, bien qu'elle fût détruite de fond en comble, valent pour lui toute une vie.

Je trouve une lettre de cette époque, signée d'un nom <pn figure souvent à la tête du cabinet hellénique :

1, Voy. la Grèce moderne, p. 153.

Égine, 3 avrU 1829.

Monsieur,

J'ai eu l'honneur de passer chez vous, j'ai été informé que vous avez été voir le temple. Ne sachant pas à quelle heure vous rentrez, je me fais un plaisir de vous transmettre la lettre de Youssouf bey, d'Athènes, que M. Gropius m'a donnée en votre faveur. Muni d'une licence de la part du gouvernement grec, que je me ferai aussi un plaisir de vous procurer, vous n'aurez qu'à vous rendre dans un bateau tout droit au Pirée, et, de là, monter àAffaénes.

C'est avec empressement que je saisirai toute occasion pour vous donner des preuves de l'intérêt que j'attache à votre importante mission, et de la reconnaissance dont tout cœur grec est pénétré pour l'utilité qui rejaillira sur la Grèce des nobles travaux de la société savante dont vous faites partie.

s. TRICOUPIS.

C'est avec un amour filial qu'il a tout examiné dans « cette pauvre Athènes, encore plus belle, plus touchante dans ses ruines et les débris antiques qui jonchent le sol »*. Un de ses camarades, le duc de Valmy, dessine pour lui une petite vue de l'Acropole, précieux dessin à la sépia, qui est encore suspendu sur la table de travail d'Edgar Quinet. L'herbier qu'il a rapporté existe aussi.

« Les îles ont peu changé depuis le temps de Tournerfort », dit-il.

Après Égine, les vents le poussent d'une Cyclade à

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