‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 64 sur 150 · SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE

Voici encore quelques souvenirs d'Edgar Quinet sur cette fin de 1831 :

« Je revins le cœur brisé, étonné de survivre à une douleur si cruelle. Malgré moi, j'espérais dans la nature humaine; je ne me lassai pas d'écrire lettres sur lettres ; elles restèrent sans réponse, à l'exception des parents qui déploraient cette détermination inconcevable. Les scrupules religieux pouvaient seuls l'expliquer. Elle crut sincèrement s'immoler en vue de mon véritable bonheur.

» Quand tous les moyens, paroles du cœur, paroles de la raison furent épuisées, je ne songeai plus qu'à ressaisir la paix. Autour de moi, il ne manquait pas d'âmes charitables qui, pour me consoler, me calmer, cherchaient à soulever d'autres orages.

Enseveli à Certines, me débattant comme un naufragé, partagé entre le désespoir, la colère et l'amour, la solitude ne m'était pas bonne. La fièvre de mon âme avait beau s'exhaler dans Ahasvérus, je sentis le besoin de m'arracher à moi-même. Dargaud vint, en plein hiver, me tenir

compagnie ; ce ne fut qu'un secours momentané. Je résolus de partir pour l'Italie. Un coup terrible, la mort de mon père, vint trancher la situation. »

Avant de raconter ce voyage en Italie, et le bonheur intime qui revint après deux ans, je dois consacrer un chapitre à Jérôme Quinet. Cet homme admirable n'est pas assez connu.

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