‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 76 sur 150 · Mémorial d'Exily inédit · texte numérisé non relu

Mémorial d'Exily inédit

Sa mère s'effrayait de le voir à Textrême gauche en politique et en religion; elle exigea raérae une préface pour la seconde édition d'Ahasvérus, afin de prévenir les accusations d'impiété, d'athéisme, qui lui étaient si douloureuses. Cela n'empêcha pas Ahasvérus d'être mis à l'index par la cour de Rome.

Un temps de sa vie, dont les détails m'échappent, c'est 1834. Une maladie très grave de sa sœur le rappelle précipitamment de Paris à Charolles, au mois de mars. Il passe quelques semaines, à Saint-Jean-le-Vieux, chez ses cousins; puis à Ouilly, où il est en tête-à-tête avec la vieille amie de sa mère, la vénérable madame Bruys. Là, il pouvait travailler sérieusement, et, quand il eut son cheval, il allait très souvent à Saint-Point, chez M. de Lamartine.

« Nous nous entendions à men^eille, madame Bruys et moi. Son fils était absent; elle était si bonne qu'elle eut l'idée de faire chercher mon cheval à Certines; celui que je montais à Ouilly étaif si misérable, qu'il jetait son cavalier par terre en arrivant à un certain fossé qu'il sautait pour galoper jusqu'à l'écurie; mais mon hrRve Fidèle j queWe bête superbe! douce, intelligente, je l'aimais beaucoup. Souvent je le mettais à l'épreuve; par exemple, je me cachais dans un taillis au bord delà route; alors, ne me voyant plus, le cheval partait au grand galop, jusqu'au bout de la chaussée. Ne m'y trouvant plus, il revenait sur ses pas, et toujours au grandissime galop. Si je sortais tout à coup des buissons, il s'arrêtait, se calmait; cela se passait ainsi chaque fois. Quand je suis parti pour l'Allemagne, quelques mois

après, on a vendu, hélas! mon pauvre Fidèle^. »

J'ai dit qu'Edgar Quinet avait commencé le poème de Napoléon, sous forme de ballades dont quelques-unes paraissaient dans la Revue des Deux Mondes :

« Je lisais des fragments de mes vers à monsieur et ma* dame de Marcellus, voisins de campagne de madame Bruys. Ils avaient à Paris un salon très brillant, et plus tard je les vis beaucoup. En partant pour l'Italie, je m'étais muni d'une foule de lettres de recommandation dont je n'ai fait aucun usage, et aujourd'hui encore non décachetées. Entre autres, j'avais une lettre d'introduction de Lamartine pour monsieur de Marcellus; je n'y allai pas et, cependant, toutes mes lettres de France me parvenaient par son entremise, il me les faisait passer très exactement. Lorsque enfin je fis sa connaissance à la campagne, la courtoisie des gens du monde l'empêcha de revenir sur ma sauvagerie.

» Bref, monsieur et madame de Marcellus, très aimables pour moi, me ^^demandaient sans cesse de leur lire mon poème. »

Les belles pages sur VÉglise de Brou ont été aussi écrites en ce temps. Le chef-d'œuvre architectural de la duchesse de Savoie y revit; les pensées intimes d'Edgar Quinet s'y dessinent comme autant d'arabesques, et se marient aux fleurs de marbre et aux devises d'amour des deux Marguerite.

Quelques chants de Napoléon furent écrits sous les arceaux d'un cloître.

« J'écrivais ces petits vers avec beaucoup de facilité, et

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