‹ Edgar Quinet avant l'exilChapitre 83 sur 150 · ENCORE M. COUSIN · texte numérisé non relu

ENCORE M. COUSIN

Une grave maladie de sa sœur, que les médecins envoyaient à Nice, modifie quelque peu les projets d'Edgar Quinet. Il confie à sa mère et à sa sœur sa chère Minna qu'elles ne connaissaient pas encore, et, pendant que ces dames passent l'hiver dans le Midi, Edgar Quinet s'établit à Paris, pour publier Prométhée.

Dans ses lettres, il a raconté la distribution de sa semaine :

Les mardis chez la princesse Belgiojoso, les mercredis chez madame Hoche (la veuve du général), jeudi chez miss Clarke, vendredi M. Odilon Barrot, samedi M. de Lamartine. Dimanchez madame Récamier (ma meilleure soirée),j'y retrouve les Corcelles, Lasteyrie, etc.

Il y fait la lecture de son Prométhée ; il est fêté, choyé par madame Récamier et Ballanche. Ary Scheffer veut faire son portrait, ^ assure qu'il ressemble au vrai Faust de Marguerite.

Il se lie avec Mickiewicz, à qui il trouve e: l'air gracieux et sauvage, jeune et naturel, avec beaucoup d'élévation morale et de mysticisme, contraste parfait avec Heine, au sourire judaïque, doucereux. »

A propos de ce dernier, il disait :

» Je ne recherchais pas Henri Heine, et peut-être est-ce là une des raisons qui le rendaient si empressé. Il venait encore très souvent en 1837, et ne me parlait que d'Ahasvérus.

Il avait pris pour texte de plaisanteries mes bottes, je ne sais pourquoi. Il lui fallait toujours un sujet pour rire. Sauf ces bottes qu'il ne trouvait pas suffisamment cirées, on ne pouvait rien dire à quelqu'un de plus aimable et de plus enthousiaste. Chez lui, la conversation visait toujours au trait, au brttlant; il avait, en effet, infiniment d'esprit. »

Je trouve une foule de billets et quelques aimables lettres de plusieurs personnes qu'Edgar Quinet vit cet hiver : M. de Lamartine lui reproche d'être un ingrat, de n'être pas venu passer plusieurs jours sous les ombrages de Saint-Point. M. de Chateaubriand lui écrit, le 21 mai 1838, après la publication de Prométhée :

Je vais bientôt lire votre beau poème, admirer ce que j'ai déjà entendu et ce que je ne connais pas encore :

Tous ces accords vivants qui partent du désert.

Dans un autre billet, il lui offre son dernier ouvrage. Essais de littérature :

il ne vaut pas la peine ^de vous en occuper; mais vous verrez du moins dans mon empressement le prix que j'attache à vous rappeler mon nom et à vous réitérer Thommage de mon admiration. Continuez vos beaux travaux, et consoleznous du monde matériel où nous sommes condamnés à vivn*.

r.lIATEAUBRIAND.

Ce même hiver, Sébastien Cornu fait le grand portrait à l'huile, et David (d'Angers), qui venait de terminer un médaillon d'Edgar Quiiiet, lui écrit en ces termes :

Paris, le i6 avril 1838.

Mon ami, votre lettre est venue me tirer d'embarras, car je ne savais où vous envoyer votre médaillon ; je viens de faire remettre à la diligence une petite caisse adressée A madame votre mère, contenant un bronze et deux épreuves en plâtre. Je suis bien heureux que votre dernier voyage m'ait procuré Toccasion désirée depuis si longtemps par moi de faire cet essai d'après votre prolil. C'est un honneur pour ma collection, et j'éprouve une grande satisfaction d'avoir rendu cet hommage à votre génie, que j'apprécie si bien, .h» suis aussi heureux de penser que cet ouvrage, qui sera probablement attaché au mur de votre cabinet, lixera quelquefois vos regards, et vous rappellera un homme qui vous a voué une sincère amitié et qui sera heureux de vous en donner des preuves en toutes circonstances.

Je suis encore sous le charme d'admiration de votre Proniéthée. C'est une œuvre grande et sublime.

Votre bien dévoué de cœur

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