I. Mémorial d*Exil, ïaédii
à lui; depuis quarante ans que je le connais, il ne m'a appris ni un fait, ni une idée.
» Ses derniers livres sont médiocres, bien médiocres. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il était supérieur à ses ouvrages, du moins par la gesticulation et parla mise on scène. Son talent n'a pas été tout ce qu'il aurait pu ôlre comme originalité de fermes; il s'est trop modelé sur le XVII' siècle, il s'y est trop renfermé. Il écrivait la langue du xvii® siècle, comme on faisait des vers latins au XVI* siècle.
» On a eu raison de dire que tout le monde signerait une page de M. Cousin, tant le style est effacé, presque absent.
» M. Cousin était un esprit bureaucrate.
» Même à propos du Frai, du Beau et du Bien, M. Cousin trouve moyen de rendre surannées les plus belles idées, les plus belles choses. On ne trouve rien de neuf dans cet esprit.
» Le métaphysicien allemand Daub avait raison plus que je ne pensais, lorsqu'il prétendait que la philosophie de M. Cousin était bonne tout au plus « pour amuser les de- » moiselles d'un pensionnat, un dimanche ».
» Quel savoir-faire il a fallu à cet homme, pour arriver à la célébrité, à la gloire! Faire mousser son nom avec rien !
»Elqueldespotismeaveugle dans le caractère! Étrange philosophe! Obscurantisme orné de philosophie; intolérance contre tous ceux qui ne passaient pas par le trou d'aiguille du catholicisme. C'était déjà un 2 Décembre contre los idées philosophiques, l'oppression sur les esprits.
> M. Cousin disait à l'évéque B***,qui en fut lui-même scandalisé : « Monseigneur, s'il y a dans votre diocèse
» on homme, je ne dis pas hostile, mais simplement » indifférent au catholicisme, dénoncez-le-moi, et je le » destituerai sur-le-<;hamp. >
» Et son spiritualisme I C'est de la gendarmerie spiritualiste, sans autre but que d'étouffer la libre pensée sous le nom de matérialisme. Ah ! je dévoilerai ces procédés de gendarmes spirituels. Ces gens-là ne peuvent me détester plus qu'ils ne font.
»Si on recueillait les singuliers aphorismes de M. Cousin! € Le Ghriàtianisme en a pour trois cents ans dans le » ventre. » c La Sorbonne est une belle dame dont il faut » gagner les faveurs. >
» Et ce mot sur Descartes! L'éditeur Levrault avait réimprimé les œuvres de Descartes et engageait M. Cousin à écrire une préface, pour rehausser la valeur de cette nouvelle édition. Cousin promet, fait attendre vainement le libraire, et finalement lui dit : « Écoutez i donc, je ne puis vraiment pas écrire cette préface; car, » il ne faut pas l'oublier, au bout du compte, Descurtes » était unproscrity il était mal avec le gouvernement.»
» Et l'éditeur, pour le fléchir: «Ah! monsieur Cousin. » il y a prescription ! » -
» J'ai revu H. Cousin, pour la dernière fois, aux abords de la Revue des Deux Uonies^ en 1837 : « Que faites- » vous maintenant?» me demanda-t-il. — Un Prométhée. » — Ah! il faudra le faire représenter. » — Mais non, ce n'est pas une pièce, c'est une œuvre de lutte... — c La y* lutte? mais vous y êtes toujours. »
Edgar Quinel se proposait de continuer VHistoire de mes Idées, et d'y raconter mille curieuses anecdotes sur celui dont maintes publications récentes ont révélé le caractère.
Et pourtant, malgré sa sévérité pour M. Cousin, il éprouva un regret en apprenant sa mort : « C'est lui, le premier, qui a popularisé les idées philosophiques en France, vers 4825. Mais il a fait tant de mal par son éclectisme à ceux qui n'ont pas eu la force de lui résister! Déranger aimait beaucoup un mot que j'ai dit, dans un de mes cours au Collège de France, et que j'appliquais à M. Cousin. Le diable dit : « Cessez de penser et je vous faisa cadémicien *. »