Voy. Examen de la vie de Jésus
possible? où est rimitation? où est la fable? 11 est bien plus simple de reconnaître que TÉvangile, c'est la transfiguration de l'histoire intérieure et des pensées de Jésus*.
Le docteur Strauss, enseveli dans la littérature des rabbins et du Talmud, a tout réduit en abstractions. S'il avait visité TOrient, les mœurs du peuple eussent éclairé son sujet.
Edgar Quinet cite à ce propos des faits dont il a été témoin pendant son voyage en Grèce, et à son retour, sur les côtes de Malle, dans les mêmes eaux où Ton place le naufrage de saint Paul : rien ne serait plus facile que de convertir ses propres aventures en un mythe, emprunté aux Actes des apôtres.
On ne peut pas admettre que le christianisme soit un effet sans cause ; que tout appartienne à une invention mythologique ; que, dans les Écritures, rien ne porte l'empreinte de la réalité.
Edgar Quinet croit que le règne intérieur d'une âme est plus grand que l'univers visible. L'âme infinie de Jésus a servi de fondement à la théogonie chrétienne. La vie de Jésus montre que, dans l'intérieur de chaque conscience, habile l'infini, et que la pensée de chaque homme peut se répandre et se dilater jusqu'à embrasser et pénétrer tout l'univers moral. Cette conclusion est bien plus utile au progrès moral de l'individu que les raisonnements métaphysiques du docteur Strauss, pour qui l'inspiration de la beauté, de la justice, de la vérité,
1t Extrait analytique.
est une simple progression arithmétique ou géométrique.
Spinosa, dans une de ses lettres, dit : « Il n'est point indispensable de croire au Christ selon la chair, mais bien à ce fils éternel de Dieu, c'est-à-dire à l'éternelle sagesse qui se manifeste en toutes choses, principalement dans l'esprit de l'homme, mais plus encore qu'en tout le reste^ eoi Jésus- Christ. »
Je ne résiste pas au désir de citer encore c^jËlrcon-clusion :
Si l'homme n'avait pour lui que le raisonnement, il tomberait, de négation en négation, dans le dernier cercle du néant. Si rhomme n'avait que la foi, il serait emporté sans retour, par delà toute réalité, aux plus extrêmes limites de l'infini. Mais Ju conflit de ces deux forces opposées se compose le mouvement régulier de l'humanité, comme des deux forces qui se disputent chaque étoile se compose l'orbite qu'elle parcourt dans ses révolutions annuelles^.
Michelet écrit à son ami que « VExamen de la vie de Jésus excite à Paris une admiration universelle; il place très haut cet ouvrage d'une érudition énorme ». Pour obtenir la certitude sur un seul point, pour vérifier ua fail, Edgar Quinet remuait des monceaux d'in-folios.
Des travaux si importants lui ouvrent enfin les portes de renseignement. M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique, lui offre une chaire à la Faculté de Lyon qu'il vient de créer. L'Université de Strasbourg veut le garder comme professeur ; un moment il est incertain sur le choix ; car le recteur et les professeurs mettaient les plus grandes instances à lui faire accepter