Vov. Examen de la vie de Jésus
Strasbourg. Les ressources de cette ville savante étaient à considérer. Pourtant, comme il le dit à sa mère : « En faisant de la philosophie pour le peuple ouvrier lyonnais, Je ferai des progrès en clarté. »
Il se décide pour Lyon.
C'est encore Michelet qui lui annonce le premier la création de cette chaire : « Si Quinet la veut, elle sera à lui; il ferait bien d'accepter. Lyon est le chemin de Paris. Il réussira à Lyon, s'il sait se proportionner. Il faut plaire à Lyon, pour n'y pas rester. »
La condition préalable, c'est qu'il faut être docteur es lettres. Edgar Quinet passa ses deux thèses, et fut reçu docteur.
En revenant sur cette époque :
« Jamais je n'ai tant travaillé, disait-il, que pendant mon dernier séjour à Heidelberg, en 1838. Je me plongeai d'abord dans la théologie allemande ; rien ne m'a échappé ; j'ai tout passé en revue, tout analysé, et j'ai écrit la Vie de Jésus.
j> Après cela, j'ai fait mon cours préparatoire pour Lyon. Puis ma thèse latine et ma thèse française. Enfin le discours d'ouvei'ture : Unité morale des peuples modernes. » Les deux thèses furent soutenues publiquement, le 25 janvier 1839 la thèse en philosophie Essai d'une classification des arts. Le 1®' février la thèse latine : De Indicœ poesis antiquis9imœ naturâ et indole commentatio litteraria. »
M. Louandre, dans la Revue des Deux Mondes^ rendit compte de ces thèses et déclara que Edgar Quinet était un des premiers latinistes du temps.
L'examinateur M. Bruch appartenait à la gauche du protestantisme. L'abbé Bautain était aussi un des examinateurs. Séance très solennelle, Edgar Quinet parla avec tant d'éclat, obtint un si grand succès, qu'il passa à l'unanimité ; tous ses supérieurs hiérarchiques vinrent à la fin de la séance se jeter dans ses bras.
Pendant ce séjour à Strasbourg, il fit la connaissance du père Gratry. Voici comment il le jugeait trente ans plus tard :
a L'abbé Gratry a écrit sur un thème fait d'avance ; pour lui, l'Église est pleine de mansuétude ; il nie toutes les persécutions, et prétend qu'elle était opposée à la révocation de l'édit de Nantes ; que rien n'est plus tolérant que le catholicisme et surtout que l'Inquisition. C'est véritablement le procédé du sacré arsenal qui faisait brûler les pieds aux torturés par le bourreau, en leur vantant sans cesse la piété, l'amour de notre sainte mère l'Église.
» Le père Gratry était comme ces oiseaux dressés par l'oiseleur pour en attraper d'autres. On leur attache une ficelle à la patte, ils se mettent à voleter, à chanter, ils ont l'air libre; les autres oiseaux se disent : « Mais voyez y> comme ils sont contents, comme ils ont la liberté de » leurs mouvements ! » Et, en approchant à leur tour, ils sont pris au piège*. »
: 1. Mémorial d'Exily inédit.