‹ Edgar QuinetChapitre 108 sur 122 · AHASVÉRUS. V · texte numérisé non relu

AHASVÉRUS. V

nues, à une vie nouvelle, à des seuils enti "ouverts au bout dt- l'inliui et à des cieux meilleurs. » — « Mais qui voudrait te suivre? » — « Non pas nous, » crie la foule. — « Et moi, dit Racliel, je le suivrai, mon cœur n'est pas lassé. » — « Cette voix t'a sauvé, Ahasvérus, ajoute le Christ; je te bénis le pèlerin des mondes à venir et le second Adam. »

Alors Ahasvérus, recommençant son éternel vovage, entonne l'hymne triomphal de TAvenir , que les peuples écoutent :

«... Je veux voir ce qu'aucun œil ne voit; je veux loucher ce qu'aucune main ne touche ; jusqu'au moment de mourir je veux aimer

ce qui n'a point de nom. Tout est lini, tout recommence Le temps

passe, le lendemain n'arrive pas ; et mes pieds ne se reposeront, croiï-és l'un sur l'autre, que sm- le banc de l'inliui. » — « Ahasvérus est l'i omme éternel, dit Jéhovah au Christ, tous les autres lui ressemi)lent. Ton jugement pour lui nous servira pour eux tous. »

L'n concert angélique des trompes, des clairons, des violes et des orgues , que domine la lyre , termine le Mystère.

Cependant il y a encore un Épilogue, qui nous Irans- |)orle plus loin, toujours plus loin dans l'avenir. Christ a vieilli, il se prend à douter de lui-même.

(' Qui ai-je été? se dit-il, qui suis-je? qui serai-je demain? Verbe Sun» vie? ou vie sans verbe? Monde sans Dieu? on Dieu sans monde?... Je suis le rien qui toujours doute de son doute, et le néant qui toujours se renie. » — « Tout est lini, ajoute-t-il, parlant à l'Éternité, étends-moi dans le sépulcre de mon père. Ainsi soit-il. »

Va l'Éternité, son héritière, reste seule, ahsorbant en elle et l'Etre et le Néant.

Le dernier mot de l'œuvre est le Moi de ri']ternité, jeté dans le vide. Kst-ce à dire que tout soit lini'.' Oui, « toul est fini, tout recommence. » Après « le nouvel Adam, » un « nouveau Christ » renaîtra, (hi comprend dès lors la suprême signification du Mystère il' Ahasvérus. Avec le

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spectacle universel de riiumaiiilé marchant à travers les siècles, escortée de la natnre entière, il dévoile le trouble intérieur des hommes d'aujourd'hui, malades « du mal de l'avenir. » Si donc il se termine par une parole vague, ni d'espoir, ni de désespoir, il reproduit exactement l'état indécis de nos âmes, qui déjà pressentent ce qui sera, mais ne le voient, ni ne le touchent qu'à travers les ombres les plus épaisses, se fatiguent de l'attendre, s'épuisent à le chercher, et, par moments, s'affaissent sur ellesmêmes, ayant « le poids de l'avenir à supporter dans le vide du présent'. »

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