COURS DE LYON
opinions, l-nil lilléraires que politiques, il aeoepta celte cii^iire, non cbnuïie un lit de repos, obtenu en récompense des importants services qu'il avait déjà rendus à la science, mais conune un théâtre d'action, du haut duquel sa voix, à demi étouffée dans le livre, devait forcer l'écho à répéter les vigoureuses paroles de vérité qui jaillissaient de son cœur.
Il ouvrit son cours, le 10 avril 1809, par une magnifique introduction sur ['Unité morale des peuples modernes^.
Parlant aux habitants d'une grande ville industrielle, il se hâtait de montrer comment les arts du commerce n'excluent poiid les arts libéraux; connnent, au contraire, il y a dans tout effort, même matériel, de l'honmie, « une pensée vers laquelle il tend sans cesse, » poésie, art, philosophie et religion tout ensemble. Puis, arrivant à l'objet de son enseignement, il se gardait avec soin d'en amoindrir, d'en dissimuler la portée. 11 ne venait pas apprendre aux Français de Lyon cà balbutier quelque idiome inconnu, il ne v(>nait pas conuncnter en grammairien, analyser et critiquer en érudit tel ou tel chef-d'œuvre exotique. 11 voulait effacer de notre dictionnaire le mot étranger, suj)primer « les Pyrénées entre les peuples , » augmenter le génie de la France en y associant le génie des autres nafi(»ns. Or, pour trouver ce génie, pour en exprimer la formule, pour la faire adopter au peuple devenu universel depuis sa révolution humanitaire de 1789, l'examen de la littérature proprement dite eùt-il suffi ? Non certes, car « il est des [)eu()les qui n'ont laissé aucun livre et qui pourtant ont été grands par la pensée. »
çaise sur lari, iino iIk^îsc liiliiie ; De Indicx poesis antiquissimx nattira et indole.
• Œuvres lomplètes, t. I, p. ."96-411.
in L HOMME, SA VIE ET SON INFLUENCE.
« C<^ t-oiirs, annonçait le prolesseur, devrait être une liistoire de la civilisation par les monuments de la pensée humaine. La religion surtout est la colonne de feu qui précède les peuples dans leur marche à travers les siècles; elle nous servira de guide. Mais la religion marche environnée de la poésie et suivie de la philosophie : je ne l'en séparerai pas. »
De 1839 à 4840, M. Quiiiet entra fiès-francheiiienl dans la voie qu'il devait suivre jusqu'à ce qu'où l'arrêtât. Les leçons de Lyon, littéraires et religieuses à la fois, roulèrent sur les civilisations antiques, et de leurs éléments fut par la suite composé le Génie des reHfjions. Elles obtinrent, on le sait, un succès immense : la jeunesse lyonnaise, éveillée à la vie nouvelle, se rangea autour du maître avec un indescriptible enthousiasme.
Un des auditeurs, un des plus fervents, M. Fortoul, qui depuis fut ministre de l'instruction publique et des cultes, exprimait ainsi son admiration au professeur luimême : « Ahl si l'on savait à Paris ce qu'est votre cours, on prendrait la poste pour y assister. »
On le sut bientôt, car M. de Salvandy vint s'asseoir un jour sur les bancs de la faculté des lettres de Lyon'; et, a^rès la leçon, il n'hésita pas à féliciter l'orateur du talent avec lequel il savait faire accepter à un auditoire aussi nombreux et aussi divers les idées les plus larges et les plus hardies sur le christianisme -. Ce jour-là, M. Quinèt avait montré les rapports de l'Evangile de saint Jean avec la religion des Perses^.
Les occupations et les succès du professorat ne firent j)oint oublier à Edgar Quinet ses devoirs connue publiciste. La question d'Orient, qui s'agitait alors, prouvait à
* Edgar Quinet, Lcltri' à M. le rédacteur (lu Joururil des Débats, au t. III lies Œuvres complètes, p. '276.
- Les Ecoles, journal mensuel, aniiôo 1845. \). l'JÔ. ^ Œuvres complètes, III, '211.