‹ Edgar QuinetChapitre 22 sur 122 · MANIFESTATIONS DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS DES ÉCOLES

ne se reganlo comme personnellement engngé dans cette querelle, pas un qui ne soit prêt à y apporter tout ce qu'il a (Pénergie et de dévouement...

« Dans la lutte engagée, vous avez pour vous, monsieur, contre un acte de despotisme, le droit; c(mtre un ministre, l'opinion ; contre les attaques de quelques obscurantistes en relard, les sympatliies d'une nonibieuse jeunesse qui applaudit à votre courage et s'unit de cœur à vos elforts. »

Edgar (Juillet répondit :

« Messieurs, si Ion a pensé me ruiner moralement, votre présence maide à croire qu'on n'y a pas réussi.

« La déniarclie éclatante que vous faites en ce moment, jointe aux démonstrations de la presse, prouve de plus qu'il s'agit ici bien moins de ma personne que d'une cause générale...

« Qu'importe au fond la cause d'une personne ! Le germe est semé, le cri du réveil a été jeté. La génération nouvelle l'a entendu. Elle ne s'endormira pas. Vous honorerez votre pays, et ce sera la récompense de mes efforts, si, en effet, ils en ont mérité une. Promettons-nous donc encore une fois ici de persévérer, quoi qu'il advienne, dans l'alliance de la science et de la liberté. (Juelles que soient les circonstances où nous soyons jetés, ne cédons jamais rien de la dignité de l'esprit ni des droits de la vie morale. Ce doit être là le salut de ciiacun de nous en particulier et de notre pays lui-même.

« ^laintenant, messieurs, si c'est là ma dernière parole, je vous demande de la suivre. Retirez-vous en silence et avec ordre, nos adversaires vous regardent ^ »

On sait, on devine le reste. La manifeslalion, en passant rue Cassette, sous les fenêtres de }\ . de Salvand\ , ne put s'empêcher de crier : A bas les jésu'ttes ! et Vive Quiuet ! PourlanI elle ne se dirigea point vers le minislèie de l'instruction publique, comme l'y excitaient cerlains lionnues à mine suspecte que personne ne connaissait. Arrivée à la place Saint-Sul|)ice, sur le conseil d'un éludianl, elle se dispersa sans bruit. Mais, à peine le prudcnl éUidiant se Irouva-t-il isolé de ses compagnons, qu'il fut assailli, battu par les agents provocateurs dont il avait troublé les des-

• Les Ecoles, 1. c, '200-202.

60 i/HOiniE, SA VIF. i:t son i.mi.ce.nci-;

seins, et il eùl élé lue si des amis n'élaienl accourus à son secours. Ce guet-apens et celle lulle l'ourniient à la force publique, préparée depuis la matinée, un j)rélexle pour faire irruption dans le Quartier Lalin. La cavalerie chargea les groupes, un grand nombre de jeunes gens furent maltraités, et la police opéra d'iniques arrestations jusque dtins l'intérieur de l'Ecole pi atique de médecine, parmi les éludiants qui travaillaient autour delà table de dissection. De tels actes n'étaient certes point de nature à faire aimer le gouvernement de Juillet par les jeunes gens des écoles. Au 24 février 1848, donnant l'élan révolutionnaire, ils prouvèrent combien la haine, depuis deux ans, s'élait amassée dans leurs cœurs.

Malgré la suspension du Cours de littérature méridïoiKiJe, le Cours de Morale et d'Histoire fut ouvert le jeudi 20 janvier à une heure. M. Michelet ayant une fois laissé tomber de ses lèvres le nom de son ami Edgar Quinet, des acclamations éclatèrent et, durant plus de cinq minutes, il fut impossible au professeur de continuer sa leçon.

Plus lard, les professeurs du Collège de France s'étant réunis pour arrêter le programme des cours du second semestre, M. Letronne reçut du ministre l'ordre de rayer de nouveau le mot institutions du programme particulier de M. Quinet. Celui-ci (8 avril 18'îG) protesta encore par une lettre énergique, adressée à M. l'administrateur du Collège de France.

« Diins ces circonstances, » y disait-il après avoir par la plus vigoureuse arpriirnentation (lôniontrc et son droit propre et les fraiicin'scs pliilosopliiques du Colléi;e de France, « dans ces circonstances, il ne me reste (|u"à déclarer qu'en effaçant, contrairement à rordonnance royale du 12 mars 1851, le titre et le sujet de mon enseignement, M. le ministre me réduit à l'impossijjilité absolue d'ouvrir mon cours. Il y a sans doute un inconvénient à ce qui se passe. Le dommage est grand pour moi, puisque je suis placé entre l'oubli et la caloumie.

Page 1