‹ Edgar QuinetChapitre 40 sur 122 · HISTOIRE DE FRANCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE FRANCE

tredit, brisé, anéanti par la Réforme et la Révolntion, ce» Jeux réfutations do l'apothéose de la papauté et du droit divin, assignés coimne but final à l'Ancien et au >'ouveau Testament; et sur ces deux réfutations il n'y a plus à revenir.

Mais la théorie des doctrinaires, optimisme impitoyable conçu par des historiens hommes d'tital du milieu d'un présent borné, qu'ils affirmaient être la fm pi ov'ulenWeUe du travail des siècles, cette théorie immorale et débilitante n'a-t-elle pas survécu à l'époque de fausse pondération des pouvoirs cjui la vit naître'.' A celte heure même, n'est-elle point maîtresse absolue de cette partie de l'enseignement national que l'ultramontanisme renaissant n'a pu encore envahir qu'à moitié? C'est elle qui naguère, aux beaux jours de son succès ofliciel, avait reçu, pris le mandat d'initier la jeunesse française à la science de l'histoire : ne restons-nous pas corrompus par elle, étourdis des renversements qu'elle ne nous avait appris ni à prévoir, ni à supposer, endormis dans un doute sans issue, désespérant de l'avenir parce que nous avons vu, vu de nos yeux, tomber en pièces ce brillant monument de liberté que, suivant nos docteurs, qiiatorze cents ans de despotisme avaient foufle?

Ur, en IcSôr», la Revue des Deux-Momies piddia un article de quelques pages, signé d'Edgar Quinet, la Philosophie de l'Risloire de Frauce. 1/apparilion de ce morceau produisit un effet immense. L'Kurope intelligente s'en émut tout entière, et chacun de nojis entendit ce vigoureux appel :

« On a vu que la plupart des peuples sont tombés irrévocabloineni, non par la force de leurs ennemis, mais pour s'ètr<' infatués d'idées fausses auxquelles les grands écrivains ont mis le sceau de l'immortalité. Quand ceux-ri n'ont pas eu la vcrhi de reconnaître à temps |our^>

108 LA PHIfOSOPinE DE L'HISTOIRE.

erreurs, les peuples ont décliné avec toutes les joies de la vanité. J'ai montré qu'il a été impossible de convaincre l'Italie d'une chose qui est révidence même; la France eniLrasse sur son passé des tliéories non moins illusoires, et le danger est grand si tous ceux qui tiennent une plume ne ramènent pas la vérité simple, antique, nouvelle, élernelle. Il faudrait que tout homme qui pense eût sa nuit du 4 aofit, dans laquelle il viendrait loyalement faire à la patrie le sacrifice de fes erreurs reconnues dans Vhistoire, la philosophie, la science : ce serait le début de la régénération. »

Aujourd'hui que nous retrouvons celte Philosophie de l'Histoire de France dans les OEuvres complètes d'Edgar Quinet, recommençons-en la lecture et la médilation. Les sophismes nous ont perdus. Faisons sur nous-mêmes un grand effort. Ala voix du maître, extirpons nos sophismes. Quand nous aurons rendu la santé à nos esprits malades, nous serons au matin du triomphe de la justice.

L'enseignement auquel nous a condamnés l'école historique de 1815, triste fille de l'invasion, repose sur deux principes généraux, que M. Quinet résume parfaitement en ces termes : « L'absolutisme est le chemin de la liberté; — Les hommes font toujours le contraire de ce qu'ils s'imaginent faire. » Eclairés par ces mensonges, pénétrons dans notre histoire nationale.

A l'origine, pour en être la pierre fondamentale, quel sera le droit reconnu, proclamé? Le droit des autochthones, sans doute? Non. Acceptant l'allégation intéressée de l'Allemagne, nous renierons les Gaulois, nos ancêtres, réputés incapables de se civiliser eux-mêmes. Que, pour leur plus grand bien, les Romains les asservissent; puis, ue plus lard les Francs surviennent pour hériter des

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