IIIST IRE DE FRANCE
Romains; tout sera pour le mieux. >'os pères, vaincus par la force, privés de leur langue, de leur Iradilion, de leur religion, de leur indépendance, nos pères ne mériteront aucune pitié. Au profit de la future civilisation, nous nous inclinerons avec respect, avec enthousiasme, avec amour, sous le fer teint de notre sang, et sur le piédestal de notre vainqueur nous inscrirons le droit de conquête. Ainsi, du premier coup, la sainte idée de Justice est extirpée de notre histoire : devenir esclave, pour une nation en général peut-être, pour la nôtre sûrement, c'est progresser!
Franchissons les temps barhares. Au milieu du moyen âge, au douzième siècle, voici des hérétiques, les Vaudois, les Albigeois, qui, avant-coureurs des temps modernes, réagissent contre l'orthodoxie papale, contrairement à l'organisation féodale s'organisent sur le plan des républiques italiennes, endn prononcent ce grand mot de liberté : Tout homme est j)rêtre! Dans l'intérêt de la future démocratie, il importe que la démocratie prématurée soit pour l'heure et au ])lus vile étouffée dans le sang. Victimes de Toulouse et de Béziers, réjouissez-vous dans la tombe ! nous bénissons vos bourreaux; car le massacre était nécessaire. S'<»'»? par conséquent? Oui, soyons logiques!
Poursuivons! — A force d'héroïsme, les conmiunes, faisant une admirable guerre au brigandage féodal, parviennent à s'émanciper. Faut-il en louer les bourgeois? On serait tenté de le faire; mais il est important, pour lesalul de l'avenir, de se bien garder d'une pareille énormité de sentiment, si contraire à la saine raison politique. l'emarquez que, si les bourgeois eussent triomphé au seizième siècle, c'en était fait de la France. Donc, si la bourgeoisie, ne se résignant point à l'avance au sort que lui devaien* imposer ses historiens du (h.\-nenvième siècle, se révolte toutes les fois que l'aijdil le [xiuvoii- royal: si, troisième
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ordre dans les étals généraux, de ces assemblées de l'ancienne France (iô5G, 1385, 1413, 1484, 1560, 4614), elle fait jaillir des éclairs dont le passé reste illuminé et qui, devenant tlammes, auraient pu hâter le travail des temps; malgré ceci et malgré cela, il est juste que les communes, — parti extrême^ — soient écrasées et absorbées par la tyrannie protectrice. Ainsi nomme-t-on la rovaulé française, qui, agissant à l'imitation du pouvoir impérial romain, concentre en elle, et par les moyens les plus iniques, les privilèges de chaque classe, les franchises de la nation entière, devient la nation même et, comme le César antique, trône seule au sommet d'une société morte, dont elle est la conscience et le droit, tête vivante rivée à un cadavre !
Mais pourquoi, foulant aux pieds tous les droits reconnus par les hommes daujourdhui, sentis, défendus, par les hommes d'autrefois, édifier ainsi, même sur le crime, l'onmipolence d'un despote? Un doctrinaire républicain la dit, au point de vue uadical : pour avoir un seul maitre qiCon verra plus tard à contenir ou à jeter par terre. Les doctrinaires, moins avancés, se contentent de s'agenouiller aux pieds du maître, élevé au rang de providence infaillible, pour qu'il effectue la centralisation, accomplisse l'unité, — aux dépens de la liberté, bien entendu, — car la liberté n'est point à leurs yeux l'àme môme des peuples, « la sève de l'arbre, » c'est une superfétation, (jui n'a de raison d'être qu'au temps où nos docteurs peuvent être ministres, la nommer dans leurs discours et l'oublier dans leurs actes. Avant eux, avant nous, la liberté, la justice, le droit, c'est le roi, rien que le roi. Qu'il étouffe en lui-même et refoule dans de nobles âmes les principes éternels de la morale et de l'Iiumanité, le roi n'en sera pas moins admiré avec (jratitude. >"est-il pas
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l'homme de Dieu, puisqu'il est le plus fort? Le vrai bien ne ressort-il pas nalureUement de ce demi-mal nécessaire.' « Le loup n'enfante-t-il pas l'agneau? »
D'ailleurs, la liberté et la civilisation, contre le senliment des intelligences naïves mais droites, la liberlé et la civilisation, selon les esprits solides, sont deux cboses difléienles parfois, souvent diamétralement opposées. A quoi, en réalité, se réduit ce grand mot de civilisation? Au petit mot de richesse, de bien-être relatif. Par conséquent , puis([u'il s'agit du progrès matériel , sacrifions pour l'obtenir le progrès moral. Afin d'avoir la civilisation au plus vite, — en une douzaine de siècles, — faisons-lui litière de toutes nos libertés privées et publiques. Seulement, si, dans le passé, la liberté et la civilisation sont doux mots, deux faits inconciliables, n'en e^t-on pas porté à conclure, et par la méthode ordinaire du raisonnement, que ce serait une folie de les vouloir concilier? Aujourd Inii, comme hier, le bien-être n'est-il pas l'excuse, la légitimation, la glorilication de la servitude?
Nous touchons au seizième siècle. L'l*]urope est divisée en deux camps. Cbaque armée a inscrit sa loi sur son drapeau. De quel C(Mé les doctiinaires doivent-ils se ranger? Du côté de la Uéforme ou du côté de la papauté, du côté de la libre pensée ou du côté du concile de Trente, du coté de la république de Hollande ou du côté de l'Espagne, de l'inquisition et de l'bilippe H? Seront-ils avec (>oligny et les martyrs, ou bien avec Guise, les jésuites et le duc d'AIbe? "
Les doctrinaires, en masse, se refusent à reconnaître dans la révolution religieuse du seizième siècle le germe, la racine de toutes les révolutions morales, j)olitiques el sociales de l'avenir. — Distiuiinons, disent-ils, et ils argumentent à la fa(^^on de cfnx qu'ils ont ini nionicnt appelés