COSMOPOLITISME ET NATIONALITÉ
et de celle du pays, est véritablenienl nue liiiité dans le genre humain, une personne vivante (pii possède un passé, un présent, un avenir à elle, une inlelligeuce, une volonté, une conscience, une âme en un mot. D'où il résulte qu'attenter à l'indépendance d'un peuple est un crime qui crie vengeance et dont tout cœur juste ressent l'horreur^ que tout homme a droit et devoir de punir,
dépendant, démontrer ainsi la nationalité par la haine légitimement due à qui la menace, ne serait-ce pas donner raison aux théoriciens qui; partisans de la paix universelle quand même, prétendent, en supprimant les divisions nationales, ôter à la guerre la principale de ses causes"? — Non, sans doute. Car, si l'organisation ou plutôt la désorganisation des Etats de l'ancien monde les portait logiquement à se ruer les uns sur les autres pour la seule satisfaction des amhilieuses folies de leurs souverains, les nations démocratiques du monde nouveau ne doivent ni ne peuvent entretenir à l'égard les unes des autres les mêmes rivalités, les mêmes jalousies, les mêmes inimitiés, sous prétexte de prépondérance ou d'équilibre. Petites ou grandes, faibles ou fortes, se déployant dans toute l'étendue de leur génie particulier, vivant de toute leur vie^ loin de s'atténuer l'une devant l'autre, elles marcheront d'un pas plus ou moins rapide vers le but connuun qui est la liberté et l'égalité; et la première arrivée tendra la main à ses sœurs, non pour les absorber à son profit, mais pour les élevei' jus(ju'à elle, les associer avec elle dans la vie, non dans le néant. Ainsi sera effectuée l'unilication du genre humain par le seul effort de l'amour volontaire. Dès lors, l'humanité, d(tnt l'unité al)soluc aurait fait une cohue d'hommes, sous la forme fédérative, s'élèvera audessus des peuples, harmonie divine résullaîit de tous les^ accords humains.
IJO LES .NATIU.N.VLITKS.
(rébt pour concourir à la réalLsalion île cet idéal 4ju'Etlgai' Quinet a consacré une des meilleures parts de sa laborieuse existence à faire connaître les nationalités à la France. Ouvrant son cours de Lyon, le 10 avril 1850, il faisait en ces termes sa profession de foi littéraire et politique : — « Unité des lettres et fraternité des j)euples modernes. » — El, après avoir démontré que l'industrie et la science, l'art et la politique, que tout tend aujourd'hui à rapprocher les peuples et à rendre la guerre fratricide, il séciiait :
( Si la coiiscicnœ de cette nation s'est élevée par degrés de la
coniuiuno à la province, de la province à la France, je dis, de plus, iliic cette progression ne doit pas s'arrêter à ces ternies... La France n'est pointant qn'une province dans riiumanité... Notre pays tout entier jspirc d'in; même effort à sortir de ses propres limites pour connaître ce ([\ù se passe liors de lui, se confondre ain<i avec li; génie du genre humain Ini-mènie. »
Dans le d'ule des Religions, Edgar Quinet saluait du plus ardent enthousiasme la grande découverte de l'affiliation des idiomes d'Orient avec ceux d'Occident, affiliation qui prouve que les peuples, aujourd'hui les plus étrangers les uns aux autres, ont vécu à l'origine en relations intimes et prolongées. — Ailleurs, — préface de Pro~ methée, — il déclarait « l'unité de civilisation devenue un des dogmes du monde » et montrait « un seul Dieu, présent dans chaque moment de l'histoire, rassemblant en une même famille les peuples frères que des années rapides séparent seulement les uns des autres. — A Paris, du haut de sa chaire du collège de France, il disait aux jeunes gens qui se pressaient j)Our l'entendre :
« Ainii'z «lune ce pays, non connue ime abstraction doctrinaire, mais connue une terre consacrée. Quand les métaphysiciens vous proposent démigier sans choix, sans souvenir, à la surface du globe, rajt-