‹ Edgar QuinetChapitre 45 sur 122 · COSMOPOLITISME ET .NATIONALITE · texte numérisé non relu

COSMOPOLITISME ET .NATIONALITE

pelez-vous ce mot par lequel a été sauvée la Révolution : « Em[iorterai-je ma patrie à la semelle de mes soulieis? »

Aux étrangers île raees différentes, ennemies parfois,

— Polonais, Russes, Italiens, Allemands, Hongrois, Espagnols, Portugais, Pioumains, Tiu'cs, Anglais, Américains,

— dispersés dans son auditoire, il disait aussi :

(j C'est une chose difficile, dans une seniijlable reniontre, de ne blesser la nationalité de personne. Je Tai toujours désiré, j'y ai mis tous mes efl'orts, je crois y être i)arvenu. Si cela est, puisse l'union rapide de ces hommes de races diverses être pour nous l'enihlème de l'union, de l'alliance, de la renaissance, de la prospérité future de leurs patries dans un esprit nouveau de justice et de siilidarité. Vous reverrez un jour, bientôt peut-être, (es patries désirées. On vous demandera ce (jue l'on fait en France : vous direz qu'on y fait des vo;ux pour le monde. »

Plus tard encore, hier, lui, exilé, élfvanl la voix en faveur des hommes sans patrie, rappelant aux Lilins d'Uccident leurs frères oubliés sur les bords du Danube, il écrivait :

« Un peuple de moins dans le monde, c'est un rapt fait à la nature humaine. La civilisation n'est pas seulement le trafic; elle a aussi pour but de conserver les individus, hommes t>u nations. Celle qui en conservera le plus sera la plus élevée. Lidée d'Iiumaiiité, qui a fait jusqu'ici l'honneur de notre siècle, en deviendrait le fléau, si elle devait servir à cou\rir de ce beau nom l'anéantissement de Ihomme au profit de l'espèce. »

De la sorte associant l'idée de patrie à l'idée d'humanité, conviant toutes les races à apporter un fragment à l'œuvre commune, n'admettant j)as qu'im seul peuple pût rester éternellement cloué sur la croix et le (lolgolha de r histoire, sans avoir son jour de résurrection ; soliilarisant les misères particulières de tons les peuples au point de faire de la misère de chacun ht iiii-èii' de l'humanité, il concluait en ces termes :

128 LES ?sATIONALITES.

« Il est certain que nul d'entre eux ne rentrera dans l'entière possession de lui-même, si la cause de tous ses frères ne devient sa cause; si celte idée n'agrandit à ses yeux sa propre entreprise, s'il n'a tout ensemble pour lui li puissance de la nationalité et la puissance de l'univers. «

Enfin, dans son ardent amour ])our la patrie française, il se complaisait à la montrer se liant à l'Italie et à l'Espagne par ses provinces méridionales, à l'Allemagne par ses provinces orientales, et par ses provinces occidentales à l'Angleterre; investie, en raison même de sa position, du rôle de médiatrice entre le ^ord elle Midi; unifiant en son génie cosmopolite ces génies jusqu'alors contraires; il l'appelait au nom de toute son histoire, surtout au nom deg principes qui présidèrent à la régénération de 1789, à « prononcer la parole sociale capable de relever ritalie, ri''spagne, le Portugal, llrlande, la Pologne, la Bohême, la Hongrie, tous ces débris tombés de la couronne des papes. »

Telles sont les bases solides sur lesquelles reposent les éludes qu'Edgar Quinet a consacrées aux nationalités'.

• En un admirable polit poëmc, le filiin (tome YIII, p. 475), Edjrar Qiiinel, répliquant à la Marseillaise f/e la paix de Lamartine, exprimait ainsi tonte sa théorie :

Si patrie est un mot inventé par la liaine. Tente vide, en lambeaux, que l'amour iloit ployer. S'il laut des nations briser la torme vaine, Arratlie donc aussi la famille au foyer! De tout cliamp limité condamne la barrière. Maudis le jeune hymen dès que son temple est clos. Au lare domestique interdis la prière; Tous ensemble, au lui>ard, mêlant notre poussière, Fraternisons dans le cliaos.

Regarde ! dans ton vol les cieux que tu visites, l'ar des rivières d'or divisant l'inlini, ('es royaumes profonds dont tu sais les limites, Désertènt-ils l'azur que bieu même a béni'? Le bélier au Verseau cède-t-il sa frontière'? Au vain rugissement de l'Ours ou du l.ion, Quand vit-on reculer le sanglant Sagittaire. (Hi fuir les deux Oémiaux, s'indinanl jusqu'à terre Dans la cite du Scorpion?

l.\ linKC.i: MUliî.UNF.. 12'i

(les études, dont quelques-unes sont de date récente et quelques autres déjà anciennes, iTiéritent d'être examinées avec plus d'attention (|ue jamais : elles empruntent à l'état actuel de l'Euiope un puissant intérêt tractualité ; embrassées dans leur ensemble, conq)létées sur certains points, reliées et synthétisées, elles tracent le vrai programme de la politique |)acilicatrice et civilisatrice de la P'rance révolutionnaire à partir du jour où les règles arbitraires du vieil équilibre européen et les honteuses violences, consacrées au nom de Dieu par la Sainte Alliance, ne suffiront plus à garantir la paix du monde.

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