II. — i.A oiiÈCE siodkrke
La (irèce est la première nationalité à laquelle lulgar (Juinel ait voué son cœur et sa plume. Ouand l'Kurope entière frémissait d'enthousiasme au seul nom de l'antique patrie de l'art, de la philosophie et de la liberté, brisant enlin la pierre d'esclavage sous laquelle on la croyait pour jamais enterrée ; quand des héros, partis de toutes les terres indépendantes, couraient à l'Orient verser le sang de leurs veines afin qu'un jienple ressuscitât; quand à cette œuvre sainte travaillaient les plus éloquents des orateurs et les plus inspirés des poètes ; quand les rois, subissant la pression de l'opinion publi(jue, unissaient leurs Ibrces pour l'aiie cesser l'horrible boucherie, assurer et achever la victoire des martyrs; lui aussi, s'arrachant à ses chères études allemandes, risquant l'avenir ouvert déjà par son premier livre, il eut la noble passion d'être
' la Grèce moderne et ses rapports avec l'autiquilè «u lome V «les Œitires complèles.
rÂ) LES .NATIONAl.llES.
soldat dans la guerre sacrée; il partit à la suite de la flotte française et il éprouva l'inénarrable bonheur d'assister à la lutte siipiènie et de voir le triomphe.
Hélas! que ces temps sont loin ! A cetle heure, nous autres, jeunes gens, vieillis par de précoces désillusions, énervés de vaine critique, nous ne savons | lus comprendre les entraînements de la génération qui précéda la nôtre. Si nous ne les traitons pas d'absurdes, si même, — trop rare complaisance, — nous daignons leur décerner en soiu'iant une approbation avec réserves, pour le moins, nous les pesons, nous les discutons à froid, nu lieu de les approuver d'un franc élan de l'àme, et, comme pour nous faire pardonner de ne point nous livrer à d'aussi sublimes folies, nous, si raisonnables, nous nous complaisons à en signaler l'inutilité, les périls, les contradictions! (>ombien de livres ont paru depuis peu, livres d'histoire, de science, de fantaisie, dont le principal objet a été de démontrer que la (îrèce des Léonidas et des Trasybule a existé seulement avant Jésus-Christ, que la (Irèce moderne est bien plutôt issue de celle des Léon, des 31anuel, des derniers Constantin, qui perdirent Constantinople; que, rétablie par les nations civilisées, éprises de beaux souvenirs classiques, par leur unique grâce elle ne se dissout pas; que, moralement, intellectuellement, politiquement, elle est é|)uisée, gangrenée, sentine de corruption, repaire de bandits; et que, par conséquent, ceux qui naguère pour elle chantèrent, mouruient et jetèrent leur or à la mer, n'ont dépensé tant de richesses, de courage et de poésie qu'au profit de la barbarie moscovite, aux dépens de la civilisation et de la tranquillité européennes! Ces idées courent littéralenu^nt les rues depuis qu'elles ont été en quelque sorte conlirmées par l'apparence des faits, depuis que la récente guerre d'Orient a