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le silence de la barbarie, la Provence laisse timidement échapper nn soupir de l'âme humaine. Ce soupir, c'est l'accord de deux cœurs d'amants chevaleresques, le chant des troubadours où « un nouvel Adam et une nouvelle Kve, au sein de l'amour, reconstituent entre eux une langue, une société, un monde, h Le trait dislinctif des troubadours, c'est qu'ils sont presque tous lils de serfs et qu'ils aiment éperdument la dame du manoir, mais d nn amour respectueux et qui jamais n'aura sa satisfaction. C'est donc par l'idéal irréalisable, par le mariage mystique de la noblesse et du peuple, qu'éclate le verbe nouveau, la première expression de la langue vulgaire chez les peuples chrétiens. Et, — chose qui ne peut surprendre ! — le berceau de l'art la'ïque est en même temps le berceau de 1 indépendance en matière religieuse. Les Albigeois, premiers protestants, apparaissent sur le même sol que les troubadours, et ceux-ci sont noyés avec ceux-là dans la première Saint-Barthélémy.
Cependant l'Italie recueille l'ébauche de la Provence et l'achève. Tout d'abord la châtelaine dont elle s'énamoure, c'est la Vierge. Ses premiers poètes, des moines, saint François, frère Buonagiunta, frère Jacopone, frère Angelo, s'en vont, corde aux reins et vêtus du cilice, propager la céleste chevalerie, les cruelles délices de l'amour divin. Une vraie révolution a lieu quand enfin la poésie échappe aux moines, quand le génie provençal tombe, comme un rayon de soleil, dans la société laïque. (!n croirait que les jeunes hommes de l'époque municipale, ressuscitant l'antiquité, vont au moins y transporter les brûlantes passions qui les animent. Les Cino de Pistoie et les Guido Cavalcanti s'agenouillent avec méthode devant le Dieu amour, l'archer souverain; leurs romances amoureuses ressemblent à des thèses, et, « pour sentir battre