‹ Edgar QuinetChapitre 72 sur 122 · IV. LES liELlGIONS DE LINDE · texte numérisé non relu

IV. LES liELlGIONS DE LINDE

Los i)ascs du Génie des relifjlons nous sont connues. Maintenant nous pouvons y suivre la « généalogie de l'Elernel. »

Les Védas des Indiens dalenl d'au moins quatorze siècles avant Jésus-Christ, et nulle part la nature et l' homme ne paraissent plus jeunes que dans ces livres sacrés. C'est donc là qu'Edgar Quinet retrouve l'époque patriarcale, bien plus vivante que dans la Bible. 11 y entend les hymnes des pasteurs saluant sur les sommets de la haute Asie la première lueur du soleil naissant. 11 y sent « l'aube visible éveiller, exciter, provoquer l'aube de la pensée; » et la Ihéodicée de la nature, révélée ainsi par la lumière, il la voit poindre, s'accroître, se dilater, remplir rnliii tout l'espace, comme la lumière elle-même. Tout d'abord passent dans la nuit les vagues génies des vents sur les monts, « les aveugles Marutes, humides de gouttes de pluie. » Les étoiles se lèvent, et le feu a réveillé les deux Cémeaux, les Asvins, gariliens du seuil céleste. Aux Asvins succèdent les Aubes, puis les Aurores, qui enfantent le monde en manifestant la lumière. 3Iais voici que les Aubes ont disparu et que grandit le soleil d'Orient, Indra, source de l'unique puissance, de l'unique sagesse ; dès lors la lumière des lumières est née, la première révélation est consommée.

Ici l'auteur fait remarquer en quoi se ressemblent In-

' Génie des ïleligims, I. III, «h. i-'vi.

dia, se détachant du sein des Aubes éternelles, et Jéliovah, se détachant du milieu des Elohim, sur la montagne sainte. Indra et Jéhovah sont tous les deux supérieurs à la création. On peut dire qu'ils ne sont, à l'origine, qu'un seul et même Dieu, révélé aux patriarches indiens et à Abraham. Si donc le culte des Védas ressemble à celui de la Bible, il ne diffère presque en rien de celui des premiers Persans : les mêmes noms souvent et les mêmes paroles liturgiques se retrouvent dans le Zend-Avesla.

Cependant les pasteurs indiens ont quitté les hauts plateaux, ils s'arrêtent dans la plaine, et des royaumes se forment. Après le ravissement causé par la création , devait naître le besoin de l'expliquer; l'hymne est remplacé par le système, la prière par le précepte. Le prêtre se charge de relever, d'interpréter, de transformer le culte des bergers ; et, désormais en possession d'une doctrine incommunicable, il devient le vrai chef des peuples et des rois. — C'est encore dans les Védas que l'historien philosophe trouve l'époque des théologiens, qui, du reste, y est ajoutée à l'époque des patriarches, sous le même titre, comme dans le Pentateuque de la Bible , sont confondues les traditions de Moïse et celles des Lévites.

La première révélation s'est faite dans l'âme indienne par la lumière. La seconde se produit à l'aspect de l'Océan. Brahma est le premier né des eaux ; principe de tout, il est mêlé à tout, « comme le sel à l'eau marine ; » il rêve de l'infini « au murmure des ondes éternelles. » Jéhovah n'a aucune ressemblance avec Brahma. Celui-ci, issu des méditations des solitaires, n'évoque point le monde du néant. Au commencement, il est seul dans l'éternité, seul avec lui-même. Mais sa solitude vide finit par le troubler, il désire un autre lui; il s'incarne dans la figure de l'univers. Seul encore, seul toujours,

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